J'écoute : la chouette qui ulule toutes le nuits et qui m'aide à m'endormir
Je regarde : les étoiles; leur nombre me persuade de l'éternité
Je lis : plusieurs livres que j'ai commencés et que je n'ai pas terminés
Je joue : à me faire peur
Je mange : trop souvent seul, hélas
Je bois : trop souvent seul aussi, hélas
Je cite : le moins possible; les citations traduisent un manque de personnalité
Je pense : à beaucoup trop de choses à la fois; j'arrête pas de penser
Je rêve : beaucoup, souvent, toujours
(mis à jour dimanche 28 octobre 2007 à 00:23)

21/05/2008

21/05/08 - 23:15

Dans le cahier de pépé Gabriel

A la date du 18 novembre, je tombe sur un sujet qui me fait immédiatement venir les larmes. Il s'agit des grands-parents, et pour moi, cela évoque mon pépé Gabriel. J'ai déjà dit ici combien il m'aimait, et combien je lui rendais cet amour. J'étais son "gamin", et il était mon "pépé". Je ne l'ai jamais appelé "papy". Pour nous, ça faisait trop "parisien". Ici, dans le sud-ouest, on parle vrai, avec son coeur. Il était pour moi un autre papa, mais encore plus proche, encore plus aimant. Jamais il ne m'a grondé. Il avait une patience d'ange pour m'expliquer des tas de trucs que je ne comprenais pas toujours, et que je lui demandais sans cesse de m'expliquer encore et encore. Il me racontait son enfance, sa jeunesse qui n'avait pas été facile. Mais il ne s'en plaignait pas. Une anecdote me revient. Il avait toujours sur lui un vieux porte-monnaie de cuir noir usé jusqu'à la couture dans lequel il gardait un petit bouddha minuscule en ivoire qu'il avait eu la bonne idée de me montrer un jour qu'il tirait de son porte-monnaie quelques pièces pour acheter son SUD OUEST quotidien. Je devais avoir six ou sept ans, et je ne savais pas ce qu'était Bouddha. Je lui avais posé des quantités de questions. "Tu me rases, gamin, avec tes questions"! Et il m'avait raconté toute une histoire mystérieuse sur la Chine, l'empereur, les mandarins et le Grand Bouddha. Je n'avais pas compris grand-chose, mais son récit m'avait comme envoûté, et je repassais dans ma tête d'enfant des images merveilleuses d'un pays que j'imaginais peuplé de bouddhas au sourire énigmatique. Et cette petite figurine d'ivoire exerçait sur moi une vraie fascination. "Pépé, fais-moi voir ton bouddha!" Je le lui demandais sans cesse. Je voulais vérifier une chose qu'il m'avait dite comme une confidence. Il avait porté son petit bouddha à son oreille, et, avec des mimiques que je ne savais pas interpréter, il avait dit d'un ton très mystérieux: "Ecoute, il parle!" J'avais eu beau écouter, je n'avais rien entendu. "C'est parce que tu sais pas l'écouter", avait dit pépé. Ce fut le point de départ d'une véritable obssession pour moi. Je suppliais pépé de me faire entendre son bouddha. Quand il était lassé de mes assauts répétés, il disait: "Fous-lui la paix, gamin. Tu vois bien que tu lui casses les pieds; et c'est pour ça qu'il dit rien."
A d'autres moments, il trouvait une explication imparable: "Il dort; faut pas l'embêter:" Merveilleux pépé. Il avait fini par me le donner, ce petit bouddha. Je devais avoir 12 ans. Hélas, je l'ai perdu. "Objets inanimés, avez-vous donc une âme/qui s'attache à notre âme, et la force d'aimer ?"

18 novembre
"Nos grands-parents nous aiment autant que nos parents. Ils nous pardonnent volontiers nos petites fautes et nos caprices d'enfants. Efforçons nous de leur rendre un peu de l'amour qu'ils nous donnent."

Pépé est mort il y a deux ans. Je n'ai pas eu assez de temps pour lui rendre tout l'amour qu'il m'avait donné. Mais je pense chaque jour à lui, et il n'est jamais loin de moi.


commentaires

21/05/08 - 23:41

Ma grand-mère, qu'on appelait tous marraine parce qu'elle était la marraine d'un de mes frères, m'avait fait un petit napperon en dentelle, et je l'ai perdu aussi. Je m'en veux, car elle y aura passé un temps infini probablement en pensant à chaque crochet à son petit-fils et... Qu'est-ce qu'on est ingrat ! ...Mais on comprend mieux en vieillissant, et par la pensée on se rapproche de nos aînés, même partis.

22/05/08 - 08:13

C'est vrai qu'arrivé à l'âge d'homme, on regrette souvent de n'avoir pas mieux aimé quand ils étaient avec nous ceux qui nous ont quittés. Mais j'essaie de me rassurer en me disant que j'ai beaucoup aimé mon grand-père quand même.

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