11 novembre 1942, jour de deuil
Le 11 novembre est un jour particulier. C'est l'anniversaire de la fin de la guerre de 1914-18. Vingt quatre années ont passé. C'était hier. Imaginez plutôt, la première élection de Mitterrand, c'était il ya 27 ans. C'est dire combien, en 42, les Français se sentaient très proches des événements de 14-18. Pourtant, depuis 1940, il n'est pas question de commémorer l'Armistice en Zone Occupée. L'occupant l'a formellement interdit sous peine de représailles. En Zone Libre, les commémorations sont discrètes. Il ne faut pas déplaire aux Allemands qui sont informés de tout ce qui s'y passe.
Donc, le 11 novembre, le maître a écrit ceci au tableau:
"La France célèbre aujourd'hui la fin de la guerre. Elle se penche sur les souffrances de ses enfants, et elle pense à ses morts, civils et militaires. Elle rend hommage à ses courageux soldats et aux chefs qui les ont conduits dans les combats et qui ont donné leur vie pour la Patrie. Chaque écolier doit avoir à coeur de faire son devoir comme eux et de se montrer digne de leur sacrifice."
Gabriel a dessiné dans la marge un petit monument aux morts, sans doute celui de son village.
Pas plus, pas moins. On remarquera que le maître n'a pas écrit "armistice", ce serait insupportable pour l'occupant, mais "fin de la guerre"; c'est bien plus neutre, et il n'est question ni de vaincus ni de vainqueurs. "(La France) rend hommage à ses soldats et à leurs chefs", aucun n'est nomément cité. Ce 11 novembre est un jour comme les autres, ou presque.
Un jour comme les autres ? Pas vraiment, pas du tout... Jour terrible. C'est cette date anniversaire si chère au coeur des Français que l'ennemi a choisie pour envahir ce qu'il restait de territoire libre. Le 11 novembre au matin, les troupes allemandes et les blindés franchissent la ligne de démarcation. Il n'y a plus ni zone occupée ni zone libre, mais la France occupée, de Dunkerque a Toulon, de St Nazaire aux frontières de l'Est. Les proches du Maréchal Pétain le pressent de partir à Alger. Les collabos font pression sur lui pour qu'il reste. Ils agitent la menace de la désignation par Hitler d'un gauleiter administrateur du territoire occupé, comme en Pologne. Pétain est attérré. Il
a pensé partir. Il se ravise. Il va rester. Les ultras ont gagné. S'ils doivent y laisser la peau, "le Vieux", comme ils l'appellent, sera fusillé avec eux. Pas question pour eux de crever tout seuls.
16/05/08 - 13:41
Vous me recopierez deux cents fois sur votre cahier : "Je malaxe ardemment votre scrotum fripé."
Prosper Dugommier (visiteur)