Novembre 1942 dans le cahier de pépé
Les enfants ne devaient pas aller en classe les 1er et 2 novembre, fête de la Toussaint et Jour des Morts. Mais pas de vacances comme c'est le cas aujourd'hui. Je retrouve la cahier du petit Gabriel à la date du 3 novembre.
Le point de départ de la leçon est une lecture sur la famille. Dans la marge, Gabriel a écrit: lecture page 92.
"LE BON FILS AIME SON PERE ET SA MERE. NOUS DEVONS AUSSI AIMER NOS SEMBLABLES. PRATIQUONS L'ENTENTE FRATERNELLE. UNISSONS-NOUS DANS LES BONS COMME DANS LES MAUVAIS JOURS. RESTONS TOUJOURS DE BONS AMIS QUI VIVENT UNIS DANS NOTRE GRANDE FAMILLE, ET LA GRANDE FAMILLE, C'EST LA PATRIE.
En 1942, la lutte fait rage au sommt de l'état. Laval a ses partisans qui sont les jusqu'au boutistes de la collaboration. D'autres pensent qu'il faut soutenir le Maréchal Pétain qui peut protéger la France contre les exigences toujours plus grandes de Hitler. L'offensive allemande en Russie s'enlise. La victoire semble échapper aux troupes du Reich. En Afrique du Nord, un débarquement américian est imminent. A Vichy, on serre les fesses. Les ultras de la collabo haussent le ton et menacent, ce qui est mauvais signe. La peur les rend féroces. La traque des Juifs est impitoyable, ainsi que la lutte contre les résistants de l'intérieur. Les Français sentent confusément que quelque chose est en train de se passer, mais ils ne savent pas quoi exactement . Ceux qui le peuvent écoutent la BBC: "Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand". Laval perd le sens de la mesure: "Je souhaite la victoire de l'Allemagne, car sans elle le bolchevisme triompherait partout."
La propagande redouble d'efforts. Elle appelle les Français à rester unis autour du Maréchal. Elle les exhorte à ne pas écouter ceux qui leur disent que tout est perdu. Elle se déchaîne contre les gaullistes et les Anglais considérés comme des traîtres à la solde de ce qu'ils appellent la "judéo-maçonnerie" et du communisme. On torture dans les prisons, ça dénonce à tour de bras, on arrête arbitrairement, on fusille après des parodies de procès. La Milice fait son sale boulot avec un zèle qui fait froid dans le dos. Les salauds de service questionnent les enfants: "Tes parents, ils ont un poste de TSF ? Ils écoutent le Maréchal ? Ils écoutent Londres ?" C'est le comble de l'ignominie. C'est le temps où l'on distribue une image de Pétain avec cette légende "Etes-vous plus Français que lui ?"
13/05/08 - 16:57
Quand on y pense cela s'est passé il n'y a que 66 ans, ce n'est pas si loin.
C'est une période que l'on connait très mal.
Avec ces cahiers, nous fais vivre des moments de cette époque volontairement "oubliés".
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