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J'écoute : la chouette qui ulule toutes le nuits et qui m'aide à m'endormir
Je regarde : les étoiles; leur nombre me persuade de l'éternité
Je lis : plusieurs livres que j'ai commencés et que je n'ai pas terminés
Je joue : à me faire peur
Je mange : trop souvent seul, hélas
Je bois : trop souvent seul aussi, hélas
Je cite : le moins possible; les citations traduisent un manque de personnalité
Je pense : à beaucoup trop de choses à la fois; j'arrête pas de penser
Je rêve : beaucoup, souvent, toujours
(mis à jour dimanche 28 octobre 2007 à 00:23)

12/05/2008

12/05/08 - 20:09

En feuilletant le cahier bleu de Gabriel, mon grand-père

28 octobre
Aujourd'hui, le maître fait une leçon d'instruction civique.

LES DEVOIRS DU CITOYEN
"Le devoir de s'instruire.
Le bon citoyen doit avant tout obéir la loi. "Nul n'est censé ignorer la Loi". Dès son jeune âge, il doit apprendre à la connaître et à l'observer. L'instruction lui permet de comprendre la loi et de l'accepter. C'est à l'école que se forme le bon citoyen. C'est là qu'on apprend la pratique de tous les devoirs."

Dans son contexe de 1942, la phrase "Dès son jeune âge (le bon citoyen) doit apprendre à connaître et à observer la loi" fait frémir. Le 2 juin 1941, le statut particulier des Juifs a été décrété. Ils sont écartés de la vie publique, toute activité professionnelle leur est interdite, leurs biens sont confisqués, ils sont expulsés de leur logement. Ils sont astreints au port de l'étoile jaune. Les lois raciales leur retirent tous leurs droits, toute leur dignité d'hommes et de femmes et leur font obligation de se soumettre à cette humiliation supplémentaire. En 1942, les persécutions vont s'intensifier avec les rafles qui enverront à la mort des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants.
Que savaient de tout cela le petit Gabriel et ses copains de classe ? Rien, probablement. Ils apprenaient simplement que "le bon citoyen doit avant tout obéir à la loi". Avant tout... Ils ne comprenaient sans doute pas ce que cet "avant tout" impliquait pour ceux qui subissaient "la force injuste de la loi" d'alors. Et ils recopiaient mécaniquement ce principe "C'est à l'école qu'on apprend la pratique de tous les devoirs". Qui pouvait dire alors, dans un pays entièrement soumis à la force brutale de l'occupant et des complices, où commençaient les devoirs de chaque citoyen, mais surtout, quelles étaient les limites à ne pas franchir si l'on n'acceptait pas de perdre son âme ? Cela, le maître ne l'expliquait aux enfants. Enfin... pas ouvertement, et surtout pas publiquement. Mais il agissait dans l'ombre, comme beaucoup d'autres.


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