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J'écoute : la chouette qui ulule toutes le nuits et qui m'aide à m'endormir
Je regarde : les étoiles; leur nombre me persuade de l'éternité
Je lis : plusieurs livres que j'ai commencés et que je n'ai pas terminés
Je joue : à me faire peur
Je mange : trop souvent seul, hélas
Je bois : trop souvent seul aussi, hélas
Je cite : le moins possible; les citations traduisent un manque de personnalité
Je pense : à beaucoup trop de choses à la fois; j'arrête pas de penser
Je rêve : beaucoup, souvent, toujours
(mis à jour dimanche 28 octobre 2007 à 00:23)

10/05/2008

10/05/08 - 13:35

Un nouveau jour dans le vie d'un petit écolier en 1942

Comme chaque jour, la classe commence par la petite lecture qui sera l'objet du résumé de moral que Gabriel et ses camarades copieront dans leur cahier. J'ai eu la chance de retrouver celui de mon grand-père. La France vivait sous l'occupation. Un régime nouveau s'était installé. Le Maréchal Pétain, le héros de Verdun, aurait pu finir ses jours tranquillement à Villeneuve-Loubet, auréolé d'un prestige que personne ne lui contestait. Au lieu de cela, il avait accepté de prendre la tête d'un pays vaincu. "Je fais le don de ma personne à la France pour soulager ses souffrances et atténuer son malheur." Après avoir rencontré le vainqueur à Montoire, il prononcera une allocution aux Français dans laquelle il dira ces terribles paroles qui scelleront son destin de malheur: "J'ai rencontré le Chancelier Hitler. C'est librement que je me suis rendu à son invitation. Je n'ai subi ni pression ni diktat. C'est résolument que j'entre dans la voie de la collaboration." Dès lors, la France va vivre à l'heure allemande. Le Maréchal Pétain, balayant la République, lance la Révolution nationale. Un culte du Chef naît très vite. Nouvel hymne, nouvelle devise de l'Etat, Travail, Famille, Patrie. L'école n'échappe pas à cette révolution. Les programmes sont soigneusement revus , corrigés et purgés de tout ce qui rappelait la République et ses idéaux. Un ministre veille à leur bonne application, Abel Bonnard, baptisé "Gestapette".
Ce matin du 24 octobre, le maître explique ce qu'est le bon écolier:

"Il est honnête, il est franc, loyal, il ne ment pas, ne triche pas. Il aime la France, et il met tout son coeur à travailler pour elle. Il fait son profit de ce que le maître enseigne. Il est modeste et serviable. Il respecte ses aînés et ne se moque pas de ses camarades. Il vient en aide à ceux qui ont besoin de lui. Il recherche en tout les bons exemples.
Ecolier de France, fais comme lui!

En ces temps de guerre et de misère, le marché noir est une activité florissante. Le gouvernement pourchasse les fraudeurs et les affameurs. On enseigne à l'écolier l'honnêteté. Il ne doit pas tricher, ne pas frauder. Il doit être loyal, c'est à dire obséissant aux ordres de ceux qui dirigent ce qui reste de la France. Etre loyal, c'est aussi ne pas écouter la radio de Londres et les appels à la résistance du Général de Gaulle que le tribunal de Riom a condamné à mort et à la confiscation de ses biens. Le bon écolier écoute ses maîtres et ses chefs, et il travaille pour la France, à l'image du Maréchal qui a donné sa personne à la Patrie. Il respecte ses aînés, et le premier d'entre eux, naturellement. Il recherche en tout les bons exemples. La propagande officielle a pour tâche de les lui fournir.
Ce matin, comme tous les matins, le petit Gabriel écoute les paroles du maître. Comprend-il tout ? En tout cas, il a écrit, et ce qu'il a écrit m'est parvenu, intact, net, précis.

commentaires

11/05/08 - 08:44

C'est un témoignage intéressant, on n'a aps assez aprlé de l'occupation et on en a qu'une vague idée.
En tout cas pas assez de témoignages de gens du peuple.
Merci de nous faire aprtager tout ceci.

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