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J'écoute : la chouette qui ulule toutes le nuits et qui m'aide à m'endormir
Je regarde : les étoiles; leur nombre me persuade de l'éternité
Je lis : plusieurs livres que j'ai commencés et que je n'ai pas terminés
Je joue : à me faire peur
Je mange : trop souvent seul, hélas
Je bois : trop souvent seul aussi, hélas
Je cite : le moins possible; les citations traduisent un manque de personnalité
Je pense : à beaucoup trop de choses à la fois; j'arrête pas de penser
Je rêve : beaucoup, souvent, toujours
(mis à jour dimanche 28 octobre 2007 à 00:23)

10/05/2008

10/05/08 - 01:20

Dans le cahier de pépé à la date du 23 octobre 1942

Je suis seul cette nuit. Mon minou travaille jusqu'à 03:00, et je n'ai pas envie de dormir seul. De toute manière, je dors très peu. Je suis comme ça, j'ai besoin de très peu de sommeil. Il est 00:50, et j'ouvre ce cahier bleu à la page qui porte la date du 22 octobre. J'imagine mon pépé en sarrau noir, assis à son pupitre, faisant le même geste que moi. Il ouvre son cahier, trempe sa plume sergent-major dans l'encre violette, écrit la date avec son application de petit bonhomme sérieux, conscient que ce qu'il fait est important. Les autres élèves font de même, également silencieux et appliqués. Le maître leur a expliqué qu'ils font leur "métier" d'écoliers, comme de bons petits soldats à l'instruction. D'ailleurs, le temps n'est pas si loin, à peine soixante ans, où sur proposition de Paul Bert qui avait succédé à Jules Ferry, des bataillons scolaires avaient été institués dans les écoles. Les garçons recevaient un semblant d'instruction militaire et faisaient un peu d'ordre serré dans la cour, un fusil en bois sur l'épaule, sous la direction d'un gendarme ou du garde champêtre. La défaite de 1870 et la guerre n'étaient pas loin, et la République oeuvrait pour la reconquête de l'Alsace-Moselle dont le Traité de Francfort avait amputé le pays. Déjà se préparait la guerre de 1914. Après 1940, la France est divisée en trois zones, zone interdite (ce sont les portions du territoire national qui bordent les frontières de la Suisse jusqu'à la Mer du Nord et toutes les zones côtières, Manche et littoral atlantique), zone occupée, et zone libre, avec une ligne de démarcation qu'on ne peut franchir qu'en certains points avec un laisser-passer, le fameux ausweiss. Mon grand-père habitait en zone occupée. Il n'était sans doute pas conscient du drame qui se jouait dans le pays, même s'il entendait ses parents parler et subissait comme tous les enfants de France les difficultés qu'impose l'occupation étrangère.
Donc, ce matin du 23 octobre 1942, lui et ses petits copains alignaient soigneusement en haut de la page en tirant la langue ces mots solennels:

LES PRINCIPALES VERTUS DE L'ECOLIER
"Le bon écolier est sérieux, appliqué, sensé et réfléchi. Il ne se laisse pas distraire par le
paresseux, l'insensé ou l'insolent.
Il est nécessaire d'apprendre pour savoir. C'est la science qui fait avancer les hommes."

Le maître avait lu ce petit texte de sa voix la plus sonore en détachant bien les mots, puis il avait demandé aux élèves de le lire à leur tour. Il avait pris soin auparavant d'expliquer les mots importants: sérieux, appliqué, sensé, réfléchi, en suivant les nouvelles Instructions Officielles qui l'invitaient expressément à citer aux enfants l'exemple du Maréchal. Immuable rite au commencement de la journée, qui se concluait par le chant du "Maréchal, nous voilà". Alors seulement la classe pouvait se mettre au travail.

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