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J'écoute : la chouette qui ulule toutes le nuits et qui m'aide à m'endormir
Je regarde : les étoiles; leur nombre me persuade de l'éternité
Je lis : plusieurs livres que j'ai commencés et que je n'ai pas terminés
Je joue : à me faire peur
Je mange : trop souvent seul, hélas
Je bois : trop souvent seul aussi, hélas
Je cite : le moins possible; les citations traduisent un manque de personnalité
Je pense : à beaucoup trop de choses à la fois; j'arrête pas de penser
Je rêve : beaucoup, souvent, toujours
(mis à jour dimanche 28 octobre 2007 à 00:23)

30/05/2008

30/05/08 - 12:23

A TOUS LES CONS QUI ABANDONNENT UN ANIMAL

Dans le cahier du petit Gabriel, le résumé de morale du jour est ainsi rédigé:

"LES AMIS DES BETES SONT LES AMIS DES HOMMES; MECHANT AVEC LES BETES, MECHANT AVEC LES HOMMES."

Je dédie ce résumé à mon roi Léo, mon chat, et à ma petite Valentine, ma si mignonne petite chienne.

Et je crie tout mon mépris à ces connards qui, sentant venir leurs sacrosaintes vacances, ne vont pas hésiter à larguer celui ou celle qui leur aura donné tant d'amour pendant des mois, voire des années. Je les flaire déjà qui se mettent en chasse pour trouver un coin tranquille où ils pourront les faire descendre de voiture, et se barrer lâchement, en prenant soin de regarder dans le rétro pour bien s'assurer que le pauvre chéri est bien resté attché à son arbre. Pauvre petit chien! Qui saura ce qui s'est passé dans ta tête à ce moment là ? Ton maître, tu l'aimais. Il t'a mis ton collier et ta laisse, et tu as cru que c'était un jeu, comme d'habitude, tu as cru qu'il t'emmenait promener, et voilà qu'il te laisse là. Tu ne comprends pas, mon petit chien. Tu crois qu'il va revenir. Mais tu ne connaissais pas l'homme. Tu ne savais pas qu'il est capable des pires cruautés. Tu vas attendre, attaché à ton arbre, tu vas avoir faim, et surtout soif. Personne pour venir à ton secours, malgré tes appels. Et puis, au bout de quelques jours, tu sentiras venir l'immense nuit, celle qui ne finit pas. Pendant ce temps, le salaud qui t'a mis là où tu es sirotera son apéro et fera des sourires à sa famille. Mon petit chien, je pense à toi. Et vous, les chats abandonnés, je vous aime.

ADHEREZ EN FOULE A LA SPA POUR VENIR EN AIDE A NOS PETITS AMIS A QUATRE PATTES.

29/05/2008

29/05/08 - 23:22

DE PEPE GABRIEL A WOLFI ET... POUR WOLFI

Cette dernière semaine de novembre est consacrée à un nouveau sujet qui, en ce temps de guerre, nous éloigne de ce qu'étaient les préoccupations quotidiennes des Français. Encore que... le lapin de l'époque n'était pas seulement un animal de compagnie, n'est-ce pas ? On le couvait des yeux, mais pour des raisons autres que le simple plaisir d'avoir un compagnon dans sa salle à manger. On lui prodiguait alors mille soins avec l'espoir gourmand qu'il finirait prochainement sa course dans la cocotte familiale. Que voulez-vous le coeur à ses raisons... l'estomac aussi. Et l'ardent défenseur des droits de nos petits amis les animaux peut comprendre certaines choses.
Après tout, en 1871, les parisiens mangeaient les animaux du Jardin des Plantes.

LES ANIMAUX DOMESTIQUES.
"Ils nous rendent chaque jour de nombreux services. Ils nous montrent même qu'ils peuvent être intelligents. Ils sont fidèles et s'attachent à nous."

1er décembre:
"Parce qu'ils sentent et souffrent comme nous, les animaux domestiques ne doivent pas être maltraités."

En 1942, les Français élevaient des poules et des lapins dans leur cave ou dans leur chambre, sur le balcon, ou dans le jardin pour ceux qui vivaient à la campagne. C'était l'époque où l'occupant surveillait étroitement les personnes qui avaient quelques poules pour avoir les oeufs. Si, au début, les soldats demandaient gentiment: "Madame, oeuf, oeuf", en 1942, ils se montrent beaucoup plus exigeants et durs, et les braves gens apprennent vite à dissimuler leur petit élevage pour le mettre à l'abri des convoitises. Les temps sont extrêmement durs. Les Contrôleurs du Ravitaillement sont chargés de faire appliquer les directives allemandes qui prévoient qu'une certaine quantité des ressources alimentaires produites par les cultivateurs doivent être acheminées vers l'Allemagne. C'est la contribution forcée de la France vaincue à l'effort de guerre du vainqueur. C'est l'époque où nos amis les cochons traversent Paris quartier par quartier (jeu de mots) à l'interieur de valises très lourdes en carton bouilli. Ca ne vous rappelle pas un film ? "Janvier! Janvier!..." C'est l'époque où nos petits lapins ne vieillissent pas dans les clapiers et ne font pas de vieux os, c'est l'époque où on échange du beurre contre des pneus de vélo, du savon contre du sel, du sucre contre du vin, du vin contre du pain. Tout ce qui se mange devient objet de troc, et nos petits compagnons a quatre pattes tremblent pour leur vie. En 1942, certains civets ont une drôle de tête, et la Mère Michel cherche encore son chat!
Wolfi, mon petit danseur lapon fripon, tes posts auraient fait de toi, en cette époque terrible, un véritable pousse au crime, alors que tu es aussi mimi que les chats que tu nous présentes. J'espère pour toi que, si tu passes à la casserole, ce n'est pas pour finir dans une sauce au vin avec des oignons et des champignons! Loooooooooooooooool

28/05/2008

28/05/08 - 12:38

Dans le cahier de pépé Gabriel (suite)

27 novembre

"Parfois les parents se font aider par des serviteurs. Ceux-ci font presque partie de la famille. Les enfants leur doivent politesse et respect. Jamais ils ne doivent les commander."

28 novembre

"Le travail des grandes personnes ne regarde pas les enfants. Ils peuvent demander une aide, un service, mais sans commander."

L'ère de l'enfant roi n'était pas encore venue. "Dis, mon chéri, tu veux quoi comme gâteau ?" Et on attend dix minutes chez la boulangère admirative que le petit chéri ait choisi son gâteau. Il est là, grognon, grincheux; il se tortille devant la vitrine réfrigérée. Il est 12h15, et les clients qui, eux, savent qu'ils veulent une baguette tout ce qu'il y a de plus bêtement ordinaire, attendent que ce petit roi sans couronne ait fait son choix. La maman qui se rend compte que ça commnce à bien faire essaie de presser le gamin: "Bon, alors, tu te décides ?" Et le chieur continue de minauder devant la boulangère de plus en plus ravie. La maman ne sait pas qu'elle devrait chosir elle-même les gâteaux, et que le gamin boufferait le sien de toute façon, puisqu'il en a envie. Même chose avec les pubs pour voitures à la télé. Les enfants décident du modèle et de la couleur. Hélas, le chéquier est dans la poche de papa ou de maman, rarement dans celle du bambin braillard et capricieux.
A la sortie de l'école: "Ton prof a été sympa aujourd'hui ?" On ne demande pas si le gamin a été gentil et s'il n'a pas trop fait tourner les profs en bourrique.

ON ARRETE DE NOUS FAIRE CHIER AVEC LES ENFANTS-ROIS-TYRANS-DESPOTES ?

28/05/08 - 00:49

LA FAMILLE, Modèle 1942

25 novembre
"Ce sont les mêmes intérêts, les mêmes joies, les mêmes soucis et les mêmes peines qui unissent les membres d'une famille. Quel bonheur de vivre dans une famille où tout le monde s'aime."

Je ne sais pas pourquoi ces deux petites lignes m'ont fait penser à une photo qui figurait dans mon livre d'anglais de Terminale (1999), où l'on voyait une famille américaine dans les années 50, donc dans l'immédiat après-guerre. A cette époque, le monde vivait en pleine guerre froide, et les Etats-Unis glorifiaient aussi la famille, unie, heureuse, protégée par la puissance et la prospérité américaines. Cette photo m'avait frappé, probablement parce que notre prof qui ne cachait pas ses préférences politiques avait beaucoup insisté sur le caractère de propagande officielle qui en émanait, et aussi parce qu'elle me rappelait certains films de ces années-là. Je la revois encore dix ans après. On voyait un père, une mère et leurs deux enfants partant en voyage, probablement en vacances. Lui est l'image type du séducteur américain, beau mec dans une tenue estivale mais BCBG, elle, en robe blanche, sourit à ses enfants qui tendent les bras vers leurs parents dans une élan d'affection, de bonheur et de confiance. Un vrai cliché hollywoodien. La famille pose devant une grosse voiture genre Chrysler. Leurs bagages sont posés à terre, et on comprend que le papa va les mettre dans l'auto. En arrière-plan, on devinait une ville propsère sur fond de ciel d'un bleu limpide. Tout rayonnait le bonheur, et la légende sous le cliché diasait en gros ceci: "The perfect image of a happy American family!" C'était effectivement une photo de propagande en pleine période de mac carthysme et de guerre froide où il fallait glorifier la famille américaine et les valeurs de l'Amérique. Et j'ai trouvé, en lisant le résumé de morale de ce 25 novembre 1942 qu'il aurait pu servir de commentaire à cette photo prise dix ou douze ans plus tard sans qu'il soit nécessaire d'y changer un seul mot. Et je me dis que, probablement de l'autre côté du rideau de fer, on aurait trouvé les mêmes clichés avec les mêmes textes. La propagande, quels que soient les pays et les régimes, utilise les mêmes ficelles. Seuls les binettes et les uniformes changent...

27/05/2008

27/05/08 - 20:02

Pour des raisons légales de protection des mineurs, cet article n'est accessible qu'aux inscrits. Vous pouvez vous identifier si vous êtes inscrit, ou vous inscrire si vous êtes majeur.

27/05/08 - 07:15

LES SARDINES NE BOUCHENT PAS LES CHAMPS ELYSEES

Depuis une semaine, les marins pêcheurs bloquent les ports de l'Atlantique. Or il se trouve que nombre de ces ports hébergent aussi des dépôts de carburant. Ceci veut dire que depuis une semaine on trouve très peu d'essence et de gas-oil dans certaines régions, entre Nantes et Bordeaux. Plusieurs villes sont à sec, et les automobilistes commencent à se demander comment ils vont faire pour aller travailler. Avec 20€ autorisés à la pompe au prix d'1, 48€ le litre, one ne va pas très loin. Le mouvement doit durer encore 48 heures au minimum. Les journaux télévisés en parlent peu. On ne montre pas les files d'attente aux pompes. On préfère parler de sujets qui fâchent moins. Il faut dire que cette crise du monde de la pêche ne gêne pas les parisiens. Et comme tout se passe à Paris, tant que la capitale n'est pas touchée, il n'y a pas de raison d'en parler. Alors on se passionne pour les déboires de Tsonga, de Gasquet et de Mauresmo. La galère des gens du Sud Ouest qui rament (sans jeu de mots) pour aller au boulot, Paris s'en cogne. Les sardines ne bouchent pas encore la Concorde! A moins que les chauffeurs routiers n'entrent en scène, ce qui pourrait changer beaucoup de choses.

26/05/2008

26/05/08 - 22:30

REPONSE A SHADOWOFMYSELF

Je ne défends aucune cause, ni la mienne, ni celle de mon pote (sic). Je ne vois pas où cela apparaît dans ce que je peux écrire. D'ailleurs, je ne mène aucun combat personnel et je n'ai aucune position à défendre. Mais Shadowofmyself ne permet pas qu'on lui réponde puisqu'il bloque les messages qui lui sont destinés. En plus, je crois qu'il n'a pas beaucoup d'humour. La possibilité de s'expliquer avec lui est donc plus que limitée, elle est inexistante.

26/05/08 - 21:22

LA FAMILLE EN 1942

La définition de la famille que j'ai trouvée dans le cahier du petit Gabriel, si elle a une valeur générale, n'en colle pas moins très exactement à la France de l'époque. Le Maréchal Pétain a institué la fête des mères, et la famille est glorifiée. Avec le travail et la patrie, elle est un élément fondamental du tryptique de la Révolution nationale.
Le régime de Vichy veut s'appuyer sur la jeunesse pour instaurer une société nouvelle en éliminant les cadres de l'ancienne société civile et politique qui a, selon ses théories, amené la France à la défaite. La France a été saignée à blanc par la guerre de 1914-18, et il faut lui redonner ses forces vives. Mais en 1942, beaucoup d'hommes sont prisonniers ou déportés du travail. Les jeunes sont enrôlés dans des structures paramilitaires appelées Chantiers de Jeunesse. Il s'agit de reconstituer une armée puisque celle dont disposait le pays a été démobilisée après l'armistice. A l'école, l'enseignement met la famille à l'honneur en l'assimilant à la France elle-même. Aimer sa famille, c'est aimer la France. S'aimer entre parents et enfants, entres frères et soeurs, c'est adhérer à l'idéal de cohésion nationale prôné par le régime, et c'est, bien sûr, affirmer son attachement à la personne du Maréchal. Il faut avoir cela présent à l'esprit quand on lit ces quelques lignes, anodines sans doute pour des enfants de 10 ans et pour beaucoup de parents, mais qui n'en sont pas moins chargées de signification politique et idéologique.

23 novembre
"Rien n'est beau comme une famille dont tous les membres s'aiment et sont tendrement unis, où les joies et les peines sont partagées par tous, où tous ne forment qu'un seul coeur, où chacun s'applique à conserver l'honneur de son nom: on appelle cela l'esprit de famille. Ma grande famille, c'est la France; l'esprit de famille de tous les Français, c'est l'amour d'une même Patrie et l'obéissance parfaite à ses valeurs."

23/05/2008

23/05/08 - 01:03

Grands-parents d'hier et d'aujourd'hui

21 novembre

"Enfant, respecte tes grands-parents dans leur vieillesse. Honore leurs cheveux blancs. Ne leur fais pas de peine, et efforce-toi de les aider en te montrant prévenant et affectueux."

Depuis que j'ai commencé à feuilleter le cahier de Gabriel jour après jour, je me suis plongé dans la vie des Français d'il y a soixante ans et plus. Pour un documentaliste, c'est un travail passionnant, et on apprend une foule de choses sur la vie de nos arrière grands-parents. En parcourant, page après page, des numéros d'une revue en ligne d'intérêt ethnologique, j'ai trouvé des portraits d'aieul(e)s entre 1900 et 1914, et j'ai été frappé par la similitude entre certains articles et ces résumés de morale à usage scolaire. J'ai pu voir un grand nombre de photographies d'époque où on voit des petits vieux et des petites vieilles qui avaient l'air vraiment très âgés. "Respecte des grands-parents dans leur vieillesse". C'est vrai qu'ils faisaient vieux, probablement bien plus que leur âge véritable. Les femmes étaient voûtées, ridées, souvent édentées, la tête coiffée d'un petit foulard noir, vêtues d'une sorte de longue blouse noire avec un tablier noué autour de la taille. Les hommes étaient pareillement ridés, usés, flétris, sanglés dans un petit costume noir souvent trop court. La revue dit que c'était
généralement leur seul costume, et qu'il remontait au temps de leur mariage. Il était devenu trop court, souvent lustré et rapiécé. Les femmes avaient aux pieds des galoches, les hommes une sorte de brodequins cloutés à tige montante ou bien des sabots de bois. Ils portaient un chapeau à larges bords, et tous avaient un signe distinctif commun, une grande moustache. Ils étaient souvent mal rasés. En ce temps là, les hommes se rasaient une seule fois par semaine, le dimanche. Et comme les femmes, ils avaient une dentition en piteux état. Ce que j'apprends en lisant leur histoire, c'est qu'à l'époque où ces clichés ont été faits, et ils sont souvent de très bonne qualité, ces hommes et ces femmes n'avaient pas plus de 65 ans. Sur les photos, on leur en donnerait vingt de plus. Ils me font penser à ces portraits de paysans et de babouchkas russes qu'on voit dans certaines revues.
Pour les enfants de la génération de Gabriel (nés entre les deux guerres mondiales), les grands-parents étaient nécessairement des gens âgés, des petits vieillards usés par les travaux de la campagne. La France des années 20 était essentiellement rurale, et les hommes, les femmes et les enfants travaillaient aux champs et à la ferme. A quarante ans, hommes et femmes étaient déjà cassés par le travail. Levés à l'aube,
se nourrissant mal, économisant sou par sou, ne dépensant rien, ne se soignant pas, ne prenant pas de repos, partageant la vie de leurs bêtes dont ils étaient étonnamment proches, vivant dans une hygiène plus que sommaire, ils avaient, à 30 ans des allures de vieux. Les hommes trouvaient une consolation dans l'abus de boisson, et les femmes, résignées, passaient leurs soirs au coin de la cheminée ou assises près de la cuisinière à tricoter ou a rapiécer des vêtements archi usés. Devenus trop vieux ou trop fatigués pour travailler, lorsque l'un d'eux mourait, celui qui restait était recueilli par des enfants rarement heureux de ce cadeau qui était en fait une charge, une bouche de plus à nourrir. Mais la vie était ainsi faite, et le pépé ou la mémé allait finir ses jours chez ses enfants qui le prenaient chacun à son tour. Comme dans la société africaine, l'aieul était entouré d'une certaine considération. C'était le vieux sage, celui qui avait beaucoup vécu et qui savait beaucoup de choses. On s'efforçait donc de lui témoigner de l'affection et de la prévenance pour adoucir ses derniers jours. Les enfants étaient éduqués dans le respect dû aux grands-parents.
Notre époque, hantée par la peur de la mort, a oublié que l'homme doit connaître la vieillesse, la faiblesse et la fin de sa vie . Son culte effrené de la jeunesse et de la beauté du corps lui fait rejeter les vieux qu'elle n'ose plus appeler par leur nom dans une zone indéfinie entre fin de vie et mort. Elle ne veut plus les voir, car ils lui renvoient l'image insupportable et terrifiante de ce qu'ils seront un jour. Et comme certains malades qui cassent le thermomètre pour ne pas savoir que la fièvre les ronge, notre société cache ses vieux en les enfouissant au fond de maisons pudiquement appelées "maisons de retraite". Les seniors, comme on dit maintenant, s'efforcent autant qu'ils peuvent de conserver un "look" jeune. Papys sportifs, mammies pimpantes, ils repoussent le plus loin possible une échéance à laquelle, pourtant, aucun d'eux n'échappera. Dans cette course à l'éternelle jeunesse, les enfants sont souvent privés de cette richesse qu'étaient jadis le pépé et la mémé. Ils vivent dans un monde intemporel ou a-temporel où tous les êtres se ressemblent et où toutes les différences veulent et doivent être gommées. C'est ainsi qu'ils perdent ces repères essentiels que la vie devrait leur donner. C'est le règne du "jeunisme" absolu et se sa tyrannie. C'est l'inverse de la vie.

22/05/2008

22/05/08 - 15:41

De l'importance de s'aimer en famille

20 novembre

"NE PAS AIMER SES GRANDS-PARENTS, C'EST ETRE DEUX FOIS INGRAT."

"Les grands-parents sont ingénieux pour faire plaisir à leurs petits-enfants. Soyons reconnaissants envers eux. Soyons toujours respectueux et polis. Ecoutons leurs conseils avec attention, et sachons en faire bon usage."

La phrase que j'ai rédigée en majuscules tenait lieu, ce jour-là, d'exercice d'écriture. Le maître l'avait calligraphiée dans chaque cahier, et les élèves devaient la reproduire en s'efforçant d'imiter le mieux possible à la plume sergent-major la belle écriture de l'instituteur. Il y a quelque temps, je suis allé avec Laurent (mon chéri) passer un dimanche dans un charmant petit village de Charente-Maritime du nom de Brouage. C'était autrefois un port construit sur ordre de Louis XIV et fortifié par Vauban, pour mettre à l'abri la flotte française et pour protéger l'arsenal de Rochefort en contrôlant l'estuaire de la Charente. Si vous passez par là, arrêtez-vous, et prenez le temps de visiter. Donc, en musardant au fil des petites boutiques qui étaient autrefois les écuries de la place fortifiée, je suis entré dans un magasin où on vend des plumes et des porte-plume pour s'exercer à l'art de la calligraphie. Il y a des reproductions de pages d'écoliers qui présentent des petits textes naïfs à la plume sergent-major. J' en ai acheté une boîte, ainsi qu'un beau porte-plume en bois, comme il en existait il y a soixante ans, et un flacon d'encre violette. Chez moi, je me suis amusé à "faire des lignes". Je n'aurais jamais cru qu'il fallait autant d'habileté pour écrire à la plume. Laurent a essayé aussi, et nous avons compris très vite ce qu'il fallait alors d'application et de soin à des petits garçons et à des petites filles de huit ou neuf ans pour parvenir à maîtriser cet exercice fait d'une combinaison savante de pleins et de déliés. Encore un art qui a disparu et que, peut-être, des hommes ou des femmes lassés par le traitement de texte ressusciteront un jour.

21/05/2008

21/05/08 - 23:15

Dans le cahier de pépé Gabriel

A la date du 18 novembre, je tombe sur un sujet qui me fait immédiatement venir les larmes. Il s'agit des grands-parents, et pour moi, cela évoque mon pépé Gabriel. J'ai déjà dit ici combien il m'aimait, et combien je lui rendais cet amour. J'étais son "gamin", et il était mon "pépé". Je ne l'ai jamais appelé "papy". Pour nous, ça faisait trop "parisien". Ici, dans le sud-ouest, on parle vrai, avec son coeur. Il était pour moi un autre papa, mais encore plus proche, encore plus aimant. Jamais il ne m'a grondé. Il avait une patience d'ange pour m'expliquer des tas de trucs que je ne comprenais pas toujours, et que je lui demandais sans cesse de m'expliquer encore et encore. Il me racontait son enfance, sa jeunesse qui n'avait pas été facile. Mais il ne s'en plaignait pas. Une anecdote me revient. Il avait toujours sur lui un vieux porte-monnaie de cuir noir usé jusqu'à la couture dans lequel il gardait un petit bouddha minuscule en ivoire qu'il avait eu la bonne idée de me montrer un jour qu'il tirait de son porte-monnaie quelques pièces pour acheter son SUD OUEST quotidien. Je devais avoir six ou sept ans, et je ne savais pas ce qu'était Bouddha. Je lui avais posé des quantités de questions. "Tu me rases, gamin, avec tes questions"! Et il m'avait raconté toute une histoire mystérieuse sur la Chine, l'empereur, les mandarins et le Grand Bouddha. Je n'avais pas compris grand-chose, mais son récit m'avait comme envoûté, et je repassais dans ma tête d'enfant des images merveilleuses d'un pays que j'imaginais peuplé de bouddhas au sourire énigmatique. Et cette petite figurine d'ivoire exerçait sur moi une vraie fascination. "Pépé, fais-moi voir ton bouddha!" Je le lui demandais sans cesse. Je voulais vérifier une chose qu'il m'avait dite comme une confidence. Il avait porté son petit bouddha à son oreille, et, avec des mimiques que je ne savais pas interpréter, il avait dit d'un ton très mystérieux: "Ecoute, il parle!" J'avais eu beau écouter, je n'avais rien entendu. "C'est parce que tu sais pas l'écouter", avait dit pépé. Ce fut le point de départ d'une véritable obssession pour moi. Je suppliais pépé de me faire entendre son bouddha. Quand il était lassé de mes assauts répétés, il disait: "Fous-lui la paix, gamin. Tu vois bien que tu lui casses les pieds; et c'est pour ça qu'il dit rien."
A d'autres moments, il trouvait une explication imparable: "Il dort; faut pas l'embêter:" Merveilleux pépé. Il avait fini par me le donner, ce petit bouddha. Je devais avoir 12 ans. Hélas, je l'ai perdu. "Objets inanimés, avez-vous donc une âme/qui s'attache à notre âme, et la force d'aimer ?"

18 novembre
"Nos grands-parents nous aiment autant que nos parents. Ils nous pardonnent volontiers nos petites fautes et nos caprices d'enfants. Efforçons nous de leur rendre un peu de l'amour qu'ils nous donnent."

Pépé est mort il y a deux ans. Je n'ai pas eu assez de temps pour lui rendre tout l'amour qu'il m'avait donné. Mais je pense chaque jour à lui, et il n'est jamais loin de moi.


20/05/2008

20/05/08 - 17:08

PETITS FRERES ET GRANDS FRERES version 1942

17 novembre

Encore des principes qui n'ont pas résisté à l'usure des années:
DEVOIRS DES PLUS JEUNES ENVERS LES PLUS GRANDS
"Les plus jeunes doivent obéissance aux plus grands. Ils doivent écouter leurs conseils, être polis et dociles avec eux. Ils doivent aussi leur être reconnaissants pour l'aide et la protection qu'ils leur dispensent."

La version actualisée de ces préceptes serait: "Tu dealeras pas sans m'en reverser 80%, tu ramasseras pas tout ce qui tombe du camion avant moi, tu diras rien aux keufs si tu te fais serrer, tu bousculeras pas les vieux, sauf pour leur taxer leur thune et leur CB, et s'ils résistent, tu m'appelleras vu que chui ton grand frère, je te filerai un coup de main. Et puis si tu essaies de m'embrouiller, je te latterai le cul à grand coups de savate." En plus, aujourd'hui, le mot "devoir", au singulier comme au pluriel, a disparu du vocabulaire des grands et des petits jeunes. Sa traduction actuelle, c'est "Eh, bouffon, t'as pô l'droit de m'parler/regarder/comme ça! Casse-toi, tu pues, t'es pô d'ma bande" (air connu).

19/05/2008

19/05/08 - 23:31

LA VIE D'UNE MERE selon la morale

16 novembre

"Sacrifice et dévouement font la vie d'une mère."

"Les parents donnent aux enfants l'exemple de leur labeur et de leur probité, et ils leur dispensent leur affection."

Entendu l'autre jour au Carrefour où je vais faire mes courses: une maman pleine de sacrifice et de dévouement dit à sa gamine qui voulait manger avant le passage en caisse: "Je te préviens, si tu bouffes ton sandwich maintenant, t'auras rien d'autre à la maison; j'ai pas l'intention de faire de la cuisine."

Labeur, probité et affection: labeur, où ça, quand les gamins filent à l'école et que les parents ne sont pas encore levés ? Probité: "ben oui quoi, le gamin, il a ramené un téléviseur, chépa où il l'a pris, il dit qu'il l'a trouvé". Normal, quoi ... Affection: "Toi, t'arrête de me faire chier, ou tu vas t'en prendre une! Putain, vivement que l'école reprenne et que t'ailles emmerder la maîtresse".

Je vous jure que c'est du vrai, de l'authentique, du fait maison, ciselé et doré à l'or fin, du comme on en voit et entend tous les jours. Manquent le bruit et les odeurs, comme disait l'autre , en particulier l'odeur de la clope et des dessous de bras!

19/05/08 - 20:00

Petit résumé de morale pour enfants dociles

13 novembre

(Dans la marge, lecture page 47)

"Antoinette fera comme sa maman qund elle sera grande. Jean imitera son père; il travaillera pour nourrir sa famille et pour pourvoir à ses besoins. Par son travail, il contribuera au bien commun."

Je me suis amusé en lisant ce résumé. Observons bien la place donnée à Antoinette: elle "fera comme sa maman", rien d'autre. Inutile d'en dire plus, puisqu'elle restera à la maison, entre les tâches ménagères, la cuisine, les courses (enfin l'occasion de mettre le nez dehors), les lessives, s'occuper des enfants ainsi que de son maître et seigneur, travailler au jardin souvent, la vie se déroulera ainsi, terne, obscure, sans joie, et en plus, il faudra faire bonne figure. Elle sortira seulement le dimanche pour aller à la messe, où elle entendra le prêtre insister sur la morale domestique selon Saint Paul: "Les femmes doivent se soumettre en tout à leur mari". (St Paul, Epitre aux Ephésiens, 5, 24). "Pendant l'instruction, la femme doit garder le silence en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de faire la loi à l'homme. Qu'elle garde le silence. C'est Adam en effet qui fut formé le premier, Eve ensuite. Et ce n'est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui, séduite, se rendit coupable de transgression. Néanmoins, elle sera sauvée en devenant mère, à condition de persévérer avec modestie, dans la foi, la charité et la sainteté." (StPaul, 1Timothée, 2, 11-15). On voit comment la morale judéo-chrétienne à imprimé durablement sa marque sur les comportements humains dans notre société occidentale. Le féminisme avait encore du chemin à parcourir.
A l'inverse, l'homme a le beau rôle dans la société. Il travaille, il fait vivre la famille, il est père nourricier et "pater familias" au sens romain. A lui l'autorité, la responsabilité et le pouvoir. Il est maître chez lui. C'est lui qui fait que la société fonctionne. Jean ne "fera (pas) comme" son père. Il l'imitera, car le père doit être un modèle de vie pour son fils. Dans la représentation traditionnelle de la pyramide sociale, on trouve Dieu au sommet, le Roi qui tient de lui son pouvoir, le père de famille, et en bas de la pyramide, les enfants. La femme n'y a pas de place. Elle se tait, elle travaille, et elle obéit. Son rôle de mère est magnifié, car c'est par la maternité qu'elle est sauvée, et en même temps qu'elle sauve le monde. On retrouve là l'image de la maternité de Marie qui donne le Christ Rédempteur aux hommes qui avaient perdu le salut par le péché d'Adam. Rien d'étonnant à ce qe le Maréchal instaure la Fête des Mères au grand bonheur de l'Eglise de France qui salue avec empressement cette "sainte décision". La femme soumise n'a pas encore le droit de voter. Elle ne l'aura qu'en 1945.

18/05/2008

18/05/08 - 20:41

SILLY SEASON

C'est ainsi que les Anglais appellent ce temps de l'année où les vacances ne sont pas loin et où la télé se met au rythme des incontournables conneries qui vont nous être servies jusqu'en septembre. En ce moment, nous avons droit au festival de Cannes où des inconnus nous parlent de films dont on n'a rien à cirer et dont, sauf exception, on ne retiendra pas le nom. La mère Deneuve qui porte de plus en plus mal son nom est là, hiératique, botoxée, véritable repoussoir à concupiscence. Chez elle, le contrôle technique doit coûter une fortune maintenant. Dans ce genre de show à la con, il suffit pour faire branché de parler de cinoche avec des airs prétentieux et faussement inspirés. Pas besoin de voir les films. On en parle. A partir de la semaine prochaine, ce sera Roland Garros. Passe encore pour les beaux garçons en short qui courent après la baballe jaune, car on voit parfois des jolis ventrounets si chers à Nicodeparis. Mais les commentaires et les tronches des célébrités imposées sont vraiment indigestes. Seul point positif, on ne verra plus Drucker. Mais il va fa falloir se parfumer Nelson Monfort, le polyglotte infernal. Ce matin à la radio sur presque toutes les antennes, il fallait attendre dix minutes avant de savoir ce qui se passait dans le vaste monde. Il n'était question que des qualifications pour la coupe d'Europe. Et ça va être ainsi tout l'été. Je crois que je vais mettre ma télé en vacances sans attendre.

15/05/2008

15/05/08 - 19:00

11 novembre 1942, jour de deuil

Le 11 novembre est un jour particulier. C'est l'anniversaire de la fin de la guerre de 1914-18. Vingt quatre années ont passé. C'était hier. Imaginez plutôt, la première élection de Mitterrand, c'était il ya 27 ans. C'est dire combien, en 42, les Français se sentaient très proches des événements de 14-18. Pourtant, depuis 1940, il n'est pas question de commémorer l'Armistice en Zone Occupée. L'occupant l'a formellement interdit sous peine de représailles. En Zone Libre, les commémorations sont discrètes. Il ne faut pas déplaire aux Allemands qui sont informés de tout ce qui s'y passe.
Donc, le 11 novembre, le maître a écrit ceci au tableau:

"La France célèbre aujourd'hui la fin de la guerre. Elle se penche sur les souffrances de ses enfants, et elle pense à ses morts, civils et militaires. Elle rend hommage à ses courageux soldats et aux chefs qui les ont conduits dans les combats et qui ont donné leur vie pour la Patrie. Chaque écolier doit avoir à coeur de faire son devoir comme eux et de se montrer digne de leur sacrifice."
Gabriel a dessiné dans la marge un petit monument aux morts, sans doute celui de son village.

Pas plus, pas moins. On remarquera que le maître n'a pas écrit "armistice", ce serait insupportable pour l'occupant, mais "fin de la guerre"; c'est bien plus neutre, et il n'est question ni de vaincus ni de vainqueurs. "(La France) rend hommage à ses soldats et à leurs chefs", aucun n'est nomément cité. Ce 11 novembre est un jour comme les autres, ou presque.
Un jour comme les autres ? Pas vraiment, pas du tout... Jour terrible. C'est cette date anniversaire si chère au coeur des Français que l'ennemi a choisie pour envahir ce qu'il restait de territoire libre. Le 11 novembre au matin, les troupes allemandes et les blindés franchissent la ligne de démarcation. Il n'y a plus ni zone occupée ni zone libre, mais la France occupée, de Dunkerque a Toulon, de St Nazaire aux frontières de l'Est. Les proches du Maréchal Pétain le pressent de partir à Alger. Les collabos font pression sur lui pour qu'il reste. Ils agitent la menace de la désignation par Hitler d'un gauleiter administrateur du territoire occupé, comme en Pologne. Pétain est attérré. Il
a pensé partir. Il se ravise. Il va rester. Les ultras ont gagné. S'ils doivent y laisser la peau, "le Vieux", comme ils l'appellent, sera fusillé avec eux. Pas question pour eux de crever tout seuls.

15/05/08 - 11:07

Toujours dans le cahier de Gabriel...

9 novembre.

La famille.
C'est toujours le thème de la leçon de morale. On y retrouve l'invitation à s'aimer entre Français, à garder soudée cette grande famille qu'est la nation française. Toujours en arrière-plan la cassure du pays entre les collaborationistes et les résistants.

"Entre frères et soeurs, qu'il y ait amour mutuel, entraide et dévouement, franchise et harmonie. Pas de disputes, pas de querelles, pas de haine entre enfants d'un même père et d'une même mère. C'est le père qui fait vivre sa famille. Les enfants doivent rester unis autour de lui. Respect, entente et amour mutuels doivent être la règle sacrée."

"La règle sacrée", chacun en 42 comprend le sens de cette formule. Ici encore, on retrouve la figure de Saint Philippe, patron protecteur de la France. Les thuriféraires du régime le comparent à Jeanne d'Arc dans le culte qu'ils lui vouent et dans leur haine des Anglais pour lesquels les orateurs du régime ont des mots d'une incroyable férocité. Quand les Alliés déclencheront les bombardements, une affiche sera publiée, montrant Jeanne d'Arc suppliciée sur fond de ville en flammes. Il s'agit de dresser les Français contre les Anglo-américains, et aussi contre de Gaulle, de faire d'eux des agents du diable, et du Général un traître à la Patrie. Mais l'humour sait aussi servir d'arme contre les collabos. Sur la vitrine d'un commerce abandonné, un panneau "A LOUER" a été apposé, et des mains anonymes ont collé dessous un portrait de Pétain. Sur une autre façade, à côté d'un panneau "VENDU" le nom de Laval a été inscrit à la peinture rouge... Comprenne qui peut; entende qui veut! Saint Philippe contre Satan, le combat de l'Archange contre le démon. C'est le temps où beaucoup croient encore que le Général et le Maréchal mènent en coulisses un même combat. Dans deux jours, ils auront perdu tout espoir.

14/05/2008

14/05/08 - 23:04

INTERDIT AUX FEMINISTES

6 novembre 1942, dans le cahier de pépé Gabriel

Un petit couplet qui s'adresse à maman et à ses qualités féminines. Oh, certes pas celles qu'on met en avant en 2008, mais celles qu'on glorifiait il y a 65 ans. On voit comme le monde a changé, et mai 68 est passé par là.

"Maman, tu es travailleuse. Tu ranges la maison, tu laves et tu raccommodes nos vêtements, tu fais le ménage et la cuisine et tu veilles sur tes enfants. Tu es l'abeille laborieuse et discrète de la maison." Bref, t'es la parfaite boniche!

C'était le modèle de la mère de famille tel qu'il a été présenté jusque dans les années 60. On trouve des publicités dans des magazines de 1965 où l'on voit une jeune femme s'extasier devant une machine à laver ou devant une gazinière. La femme était alors à sa place. Vous connaissez tous cette vanne à deux balles:
Pourquoi les femmes ont-elles les pieds moins grands que les hommes ?
C'est pour être plus près de l'évier quand elles font la vaisselle.
Oui, je sais, c'est nul et c'est con, mais on est sur un site de gays, non ?

14/05/08 - 09:10

Petit couplet sentimental sur fond d'occupation

4 novembre

Dans la marge de la page du jour, Gabriel a écrit "Lecture page 41". Il n'y a pas d'autre précision. Impossible de savoir quel était le thème de cette lecture.
Le résumé de morale est un hymne à l'amour des parents, l'amour des enfants pour leurs parents, et des parents pour leurs enfants.

"Aime tes parents, obéis-leur toujours, respecte-les.
Papa, maman, je vous dois tout. Vous me donnez votre amour, vous m'entourez de tous vos soins, vous me protégez et vous me conseillez. En me montrant le bon exemple, vous m'aidez à grandir et à devenir un homme."

C'est simple, c'est clair, pas compliqué. Je t'aime, tu m'aimes, on s'aime. Ca vous a un petit air guimauve, un peu comme ces images aux teintes fadasses d'une autre époque.
C'est probablement le contraste avec l'enfant roi d'aujourd'hui qui est le plus saisissant.
Dans ce petit texte, celui qui l'a imaginé fait parler l'enfant. Il lui fait dire ce qu'il doit à ses parents, et il lui fait exprimer les principes qui doivent être ceux d'une véritable éducation. Je ne sais plus où j'ai lu cette maxime qui pose ce que doit être une bonne éducation, mais qui reste pourtant applicable aux jeunes d'aujourd'hui: "Faire du jeune enfant un élève, de l'élève un adolescent, et de l'adolescent un homme." Rien ne m'agace davantage que cet amour mal compris, cet amour fusionnel, presque animal, de ces parents d'aujourd'hui qui ne supportent pas qu'un instituteur ou une institutrice ne s'incline pas devant les caprices d'un petit chieur qui fait tourner en bourriques tous les personnels d'une école. Rien de plus stupide, de plus condamnable, de plus antiéducatif que ces gifles ou ces insultes que certains parents viennent asséner à un enseignant en pleine école, devant des dizaines d'enfants, sous le simple prétexte qu'il a osé toucher à leur progéniture. Rien de suprenant si tant d'ados sont d'éternels insatisfaits, des capricieux rebelles, un brin a-sociaux, égoïstes, tyranniques et surtout très opposés à leurs parents, parfois violemment, et n'acceptant de relations que celles qu'ils ont avec la tribu qu'ils forment avec leurs copains et leurs copines. "Mind the gap", oui, mais qui l'a fabriquée cette faille qui est est une véritable fracture humaine ?

13/05/2008

13/05/08 - 12:11

Novembre 1942 dans le cahier de pépé

Les enfants ne devaient pas aller en classe les 1er et 2 novembre, fête de la Toussaint et Jour des Morts. Mais pas de vacances comme c'est le cas aujourd'hui. Je retrouve la cahier du petit Gabriel à la date du 3 novembre.

Le point de départ de la leçon est une lecture sur la famille. Dans la marge, Gabriel a écrit: lecture page 92.

"LE BON FILS AIME SON PERE ET SA MERE. NOUS DEVONS AUSSI AIMER NOS SEMBLABLES. PRATIQUONS L'ENTENTE FRATERNELLE. UNISSONS-NOUS DANS LES BONS COMME DANS LES MAUVAIS JOURS. RESTONS TOUJOURS DE BONS AMIS QUI VIVENT UNIS DANS NOTRE GRANDE FAMILLE, ET LA GRANDE FAMILLE, C'EST LA PATRIE.

En 1942, la lutte fait rage au sommt de l'état. Laval a ses partisans qui sont les jusqu'au boutistes de la collaboration. D'autres pensent qu'il faut soutenir le Maréchal Pétain qui peut protéger la France contre les exigences toujours plus grandes de Hitler. L'offensive allemande en Russie s'enlise. La victoire semble échapper aux troupes du Reich. En Afrique du Nord, un débarquement américian est imminent. A Vichy, on serre les fesses. Les ultras de la collabo haussent le ton et menacent, ce qui est mauvais signe. La peur les rend féroces. La traque des Juifs est impitoyable, ainsi que la lutte contre les résistants de l'intérieur. Les Français sentent confusément que quelque chose est en train de se passer, mais ils ne savent pas quoi exactement . Ceux qui le peuvent écoutent la BBC: "Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand". Laval perd le sens de la mesure: "Je souhaite la victoire de l'Allemagne, car sans elle le bolchevisme triompherait partout."
La propagande redouble d'efforts. Elle appelle les Français à rester unis autour du Maréchal. Elle les exhorte à ne pas écouter ceux qui leur disent que tout est perdu. Elle se déchaîne contre les gaullistes et les Anglais considérés comme des traîtres à la solde de ce qu'ils appellent la "judéo-maçonnerie" et du communisme. On torture dans les prisons, ça dénonce à tour de bras, on arrête arbitrairement, on fusille après des parodies de procès. La Milice fait son sale boulot avec un zèle qui fait froid dans le dos. Les salauds de service questionnent les enfants: "Tes parents, ils ont un poste de TSF ? Ils écoutent le Maréchal ? Ils écoutent Londres ?" C'est le comble de l'ignominie. C'est le temps où l'on distribue une image de Pétain avec cette légende "Etes-vous plus Français que lui ?"

12/05/2008

12/05/08 - 22:43

Dernier jour d'octobre 42

Le résumé de la leçon de morale du jour est très court. Il sonne comme une maxime qu'on s'attendrait à lire sur le fronton d'un monument ou comme une épitaphe sur le tombeau d'un très jeune Roi:

"APPRENEZ DE BONNE HEURE A FAIRE SERIEUSEMENT LES CHOSES SERIEUSES".

On dirait une recommandation du Roi à son fils. Philippe Pétain a des accents semblables lorsqu'il s'exprime à la radio pour inviter les Français à faire leur devoir comme lui fait le sien: "Il n'est pas difficile de faire son devoir, s'il est parfois mal aisé de le connaître." Adultes, enfants, vieillards, tous sont conviés à prendre leur part du fardeau collectif qui est tombé sur les épaules du Chef. Claudel dans son style inspiré écrit: "France, écoute ce vieil homme sur toi qui se penche et qui te parle comme un père...Fille de Saint Louis, écoute- le! Ecoute cette voix raisonnable sur toi qui propose et qui explique, cette proposition comme de l'huile, et cette vérité comme de l'or."
Le Maréchal, Saint Louis, le Père, c'est Philippe Pétain porté sur les autels. La mystique du Maréchal est née. L'école participe au culte : les enfants sont invités à lui écrire des lettres poour le soutenir et l'encourager:

"Mon cher Maréchal Pétain,
Je vous aime bien fort parce que vous êtes bien gentil. Je voudrais que vous veniez parce qu'on ne vous a jamais vu. On vous a vu seulement sur une image; vous êtes bien joli." L'enfant qui écrit ces lignes a l'âge de Gabriel.

12/05/08 - 21:45

Au fil des pages du petit cahier bleu de pépé

30 octobre

Thème de la leçon du jour: Le travail - L'école

"L'instruction fait l'homme capable, l'éducation le fait honnête. Celui qui instruit est un second père."

La dernière phrase est importante. Dans le nouveau régime né de la défaite, le Maréchal se veut le père et l'éducateur des Français pour faire d'eux un peuple nouveau. Tous les régimes totalitaires ont cette ambition. "C'est à un redressement intellectuel et moral que je vous convie" Dans une harangue prononcée dans un centre de jeunes travailleurs, un officier s'exclame: "La France jeune renaît. C'est la France du Maréchal." Les principes de la nouvelle éducation sont simples. S'adressant aux jeunes filles, il leur dit: "Devenez vite de bonnes ménagères, soyez de généreuses jeunes Françaises. Il n'est pas de jeune fille saine, honnête, laborieuse et gaie qui ne trouve un bon mari...Vous serez la récompense après l'effort... Trop de femmes en France ont méconnu ces devoirs; leur influence sur les hommes a été désastreuse... La France s'est effondrée, réduite à l'esclavage...Vous serez tout autres, jeunes filles! Vos foyers seront féconds. Vous serez la femme d'un seul homme.Vous serez des épouses vaillantes. Vous serez des mères de soldats. Vous serez les mères des futurs héros. La situation l'exige. Le Maréchal vous le demande!" Le Maréchal est le père de la nation, le père de tout un peuple. En relisant des documents et des journaux de l'époque, j'ai trouvé des écrits où on s'adresse à lui en ces termes "Vénéré Maréchal". Un laudateur un peu trop zélé parle de "Saint Philippe". L'idôlatrie triomphe.
Une petite écolière lui écrit dans un style touchant de naïveté :"Monsieur le Maréchal,
Comme vous avez demandé d'être loyaux, francs et travailleurs, depuis le commencement de l'école, je commence, je m'applique à bien travailler et à bien m'appliquer, à ne pas voler, à ne pas tricher aux compositions, ne pas copier sur les camarades, ne pas mentir. Alors, Monsieur le Maréchal, je m'appliquerai à être comme vous le demanderez. Je veux vous faire plaisir; vous en faites tant pour nous."
En Allemagne, en URSS, en Italie, en Espagne, des milliers d'enfants écrivent des lettres semblables à Hitler, Staline, Mussolini et Franco.

12/05/08 - 20:09

En feuilletant le cahier bleu de Gabriel, mon grand-père

28 octobre
Aujourd'hui, le maître fait une leçon d'instruction civique.

LES DEVOIRS DU CITOYEN
"Le devoir de s'instruire.
Le bon citoyen doit avant tout obéir la loi. "Nul n'est censé ignorer la Loi". Dès son jeune âge, il doit apprendre à la connaître et à l'observer. L'instruction lui permet de comprendre la loi et de l'accepter. C'est à l'école que se forme le bon citoyen. C'est là qu'on apprend la pratique de tous les devoirs."

Dans son contexe de 1942, la phrase "Dès son jeune âge (le bon citoyen) doit apprendre à connaître et à observer la loi" fait frémir. Le 2 juin 1941, le statut particulier des Juifs a été décrété. Ils sont écartés de la vie publique, toute activité professionnelle leur est interdite, leurs biens sont confisqués, ils sont expulsés de leur logement. Ils sont astreints au port de l'étoile jaune. Les lois raciales leur retirent tous leurs droits, toute leur dignité d'hommes et de femmes et leur font obligation de se soumettre à cette humiliation supplémentaire. En 1942, les persécutions vont s'intensifier avec les rafles qui enverront à la mort des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants.
Que savaient de tout cela le petit Gabriel et ses copains de classe ? Rien, probablement. Ils apprenaient simplement que "le bon citoyen doit avant tout obéir à la loi". Avant tout... Ils ne comprenaient sans doute pas ce que cet "avant tout" impliquait pour ceux qui subissaient "la force injuste de la loi" d'alors. Et ils recopiaient mécaniquement ce principe "C'est à l'école qu'on apprend la pratique de tous les devoirs". Qui pouvait dire alors, dans un pays entièrement soumis à la force brutale de l'occupant et des complices, où commençaient les devoirs de chaque citoyen, mais surtout, quelles étaient les limites à ne pas franchir si l'on n'acceptait pas de perdre son âme ? Cela, le maître ne l'expliquait aux enfants. Enfin... pas ouvertement, et surtout pas publiquement. Mais il agissait dans l'ombre, comme beaucoup d'autres.


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12/05/08 - 08:22

En suivant Gabriel, jeune écolier en 1942

De son écriture appliquée, Gabriel recopie le résumé que le maître a écrit au tableau.
C'est encore un hymne au bon élève. On exalte des valeurs qui, aujourd'hui, font sourire les élèves les plus gentils ou suscitent les railleries des gros durs qui jouent au keke en classe et y dictent leur loi. A l'époque, le bon élève n'était pas taxé d'intello, et il n'était pas l'objet des brimades de ceux pour qui la bonne note est une marque d'infâmie. Répondre au maître qui réprimandait un élève fautitf: "Je m'en bats les couilles", était aussi inimaginable qu'un voyage sur la lune. Le bon élève recevait un bon- point, sorte de petite vignette à l'effigie du Maréchal ou bien représentant une scène de la vie rurale (récolte, vendange, berger gardant son troupeau) ou du travail quotidien et de la vie familiale. Ainsi l'enfant apprenait qu'il est important de bien faire ce qu'on a à faire dans l'intérêt de tous.

"L'enfant sérieux, patient, studieux et courageux se haussera très vite au rang des très bons élèves. Ses maîtres et ses parents seront fiers de lui. Son travail et sa réussite sont leur plus belle récompense."

11/05/2008

11/05/08 - 09:26

Dans le cahier bleu de pépé (octobre 1942)

Après avoir passé au crible les "vertus" du bon écolier, le maître fait réfléchir sa classe sur ce qu'est le "mauvais" écolier. N'oublions pas que nous sommes en 1942, et que les Français sont de plus en plus soumis à la dureté d'une occupation qui se radicalise. La mystique du Maréchal atteint des sommets, mais aussi le rôle néfaste de Pierre Laval qui veut aller toujours plus loin dans la collaboration avec l'occupant. La guerre des chefs s'organise autour de Pétain qui est mis sur la touche de plus en plus nettement, au profit de racailles collaborationnistes entièrement dévouées à Hitler. C'est l'époque où Laval dit "Je souhaite la victoire de l'Allemagne".
Si le bon écolier doit aimer la France et son chef (on devrait dire "ses chefs"), le mauvais écolier, c'est celui qui n'obéit pas aux consignes de la propagande de Vichy, c'est celui qui écoute la radio de Londres, qui va ravitaller les maquisards, qui abrite les réfractaires au service du travail obligatoire en Allemagne (STO), qui écoute les maîtres qui donnent des consignes de résistance, qui lit les tracts diffusés par des groupements engagés auprès du PCF clandestin. Bref, c'est toute cette France souterraine qui lutte clandestinement, ce sont ces forces françaises de l'intérieur (FFI) qui intensifient la lutte contre l'ennemi.

26 octobre 1942
LE MAUVAIS ECOLIER
"Il est paresseux, il ne respecte pas ses maîtres et ses parents, il est méchant avec ses camarades. Il fait l'école buissonnière, il néglige ses devoirs et ne craint ps les punitions. Il n'a pas le souci de ceux qui souffrent et il ne participe pas à l'effort commun.
Ecolier de France, ne recherche pas sa compagnie. Elle te détournerait de ton devoir d'écolier et de Français."

On ne peut pas être plus clair. Le mauvais écolier, c'est ce mauvais Français qui ne participe pas à l'oeuvre de salut entreprise dès juillet 40. Curieux de voir comment chaque époque a ses bons et ses mauvais Français!

10/05/2008

10/05/08 - 13:35

Un nouveau jour dans le vie d'un petit écolier en 1942

Comme chaque jour, la classe commence par la petite lecture qui sera l'objet du résumé de moral que Gabriel et ses camarades copieront dans leur cahier. J'ai eu la chance de retrouver celui de mon grand-père. La France vivait sous l'occupation. Un régime nouveau s'était installé. Le Maréchal Pétain, le héros de Verdun, aurait pu finir ses jours tranquillement à Villeneuve-Loubet, auréolé d'un prestige que personne ne lui contestait. Au lieu de cela, il avait accepté de prendre la tête d'un pays vaincu. "Je fais le don de ma personne à la France pour soulager ses souffrances et atténuer son malheur." Après avoir rencontré le vainqueur à Montoire, il prononcera une allocution aux Français dans laquelle il dira ces terribles paroles qui scelleront son destin de malheur: "J'ai rencontré le Chancelier Hitler. C'est librement que je me suis rendu à son invitation. Je n'ai subi ni pression ni diktat. C'est résolument que j'entre dans la voie de la collaboration." Dès lors, la France va vivre à l'heure allemande. Le Maréchal Pétain, balayant la République, lance la Révolution nationale. Un culte du Chef naît très vite. Nouvel hymne, nouvelle devise de l'Etat, Travail, Famille, Patrie. L'école n'échappe pas à cette révolution. Les programmes sont soigneusement revus , corrigés et purgés de tout ce qui rappelait la République et ses idéaux. Un ministre veille à leur bonne application, Abel Bonnard, baptisé "Gestapette".
Ce matin du 24 octobre, le maître explique ce qu'est le bon écolier:

"Il est honnête, il est franc, loyal, il ne ment pas, ne triche pas. Il aime la France, et il met tout son coeur à travailler pour elle. Il fait son profit de ce que le maître enseigne. Il est modeste et serviable. Il respecte ses aînés et ne se moque pas de ses camarades. Il vient en aide à ceux qui ont besoin de lui. Il recherche en tout les bons exemples.
Ecolier de France, fais comme lui!

En ces temps de guerre et de misère, le marché noir est une activité florissante. Le gouvernement pourchasse les fraudeurs et les affameurs. On enseigne à l'écolier l'honnêteté. Il ne doit pas tricher, ne pas frauder. Il doit être loyal, c'est à dire obséissant aux ordres de ceux qui dirigent ce qui reste de la France. Etre loyal, c'est aussi ne pas écouter la radio de Londres et les appels à la résistance du Général de Gaulle que le tribunal de Riom a condamné à mort et à la confiscation de ses biens. Le bon écolier écoute ses maîtres et ses chefs, et il travaille pour la France, à l'image du Maréchal qui a donné sa personne à la Patrie. Il respecte ses aînés, et le premier d'entre eux, naturellement. Il recherche en tout les bons exemples. La propagande officielle a pour tâche de les lui fournir.
Ce matin, comme tous les matins, le petit Gabriel écoute les paroles du maître. Comprend-il tout ? En tout cas, il a écrit, et ce qu'il a écrit m'est parvenu, intact, net, précis.

10/05/08 - 01:20

Dans le cahier de pépé à la date du 23 octobre 1942

Je suis seul cette nuit. Mon minou travaille jusqu'à 03:00, et je n'ai pas envie de dormir seul. De toute manière, je dors très peu. Je suis comme ça, j'ai besoin de très peu de sommeil. Il est 00:50, et j'ouvre ce cahier bleu à la page qui porte la date du 22 octobre. J'imagine mon pépé en sarrau noir, assis à son pupitre, faisant le même geste que moi. Il ouvre son cahier, trempe sa plume sergent-major dans l'encre violette, écrit la date avec son application de petit bonhomme sérieux, conscient que ce qu'il fait est important. Les autres élèves font de même, également silencieux et appliqués. Le maître leur a expliqué qu'ils font leur "métier" d'écoliers, comme de bons petits soldats à l'instruction. D'ailleurs, le temps n'est pas si loin, à peine soixante ans, où sur proposition de Paul Bert qui avait succédé à Jules Ferry, des bataillons scolaires avaient été institués dans les écoles. Les garçons recevaient un semblant d'instruction militaire et faisaient un peu d'ordre serré dans la cour, un fusil en bois sur l'épaule, sous la direction d'un gendarme ou du garde champêtre. La défaite de 1870 et la guerre n'étaient pas loin, et la République oeuvrait pour la reconquête de l'Alsace-Moselle dont le Traité de Francfort avait amputé le pays. Déjà se préparait la guerre de 1914. Après 1940, la France est divisée en trois zones, zone interdite (ce sont les portions du territoire national qui bordent les frontières de la Suisse jusqu'à la Mer du Nord et toutes les zones côtières, Manche et littoral atlantique), zone occupée, et zone libre, avec une ligne de démarcation qu'on ne peut franchir qu'en certains points avec un laisser-passer, le fameux ausweiss. Mon grand-père habitait en zone occupée. Il n'était sans doute pas conscient du drame qui se jouait dans le pays, même s'il entendait ses parents parler et subissait comme tous les enfants de France les difficultés qu'impose l'occupation étrangère.
Donc, ce matin du 23 octobre 1942, lui et ses petits copains alignaient soigneusement en haut de la page en tirant la langue ces mots solennels:

LES PRINCIPALES VERTUS DE L'ECOLIER
"Le bon écolier est sérieux, appliqué, sensé et réfléchi. Il ne se laisse pas distraire par le
paresseux, l'insensé ou l'insolent.
Il est nécessaire d'apprendre pour savoir. C'est la science qui fait avancer les hommes."

Le maître avait lu ce petit texte de sa voix la plus sonore en détachant bien les mots, puis il avait demandé aux élèves de le lire à leur tour. Il avait pris soin auparavant d'expliquer les mots importants: sérieux, appliqué, sensé, réfléchi, en suivant les nouvelles Instructions Officielles qui l'invitaient expressément à citer aux enfants l'exemple du Maréchal. Immuable rite au commencement de la journée, qui se concluait par le chant du "Maréchal, nous voilà". Alors seulement la classe pouvait se mettre au travail.

09/05/2008

09/05/08 - 15:14

Dans le petit cahier bleu d'un écolier des années 40

21 octobre 1943
Exhortation à Monsieur l'écolier:

"Fuis les mauvaises compagnies; abstiens-toi de lire les mauvais livres."

Question: quelles sont les mauvaises compagnies? Quels sont les mauvais livres?
J'ai toujours eu de la peine à distinguer entre "les bons" et "les mauvais". J'imagine que si j'avais eu 12 ou 13 ans à cette époque, j'aurais été cloué au pilori comme sale petit pédé. Quant aux mauvais livres, Baudelaire, Colette, Gide et tant d'autres écrivains de talent ont vu leurs oeuvres condamnées à l'enfer, puis largement expurgées, avant d'être tout doucement réhabilitées. Comme disait Brassens: "Non, les braves gens n'aiment que/ l'on suive une autre route qu'eux.// Tout le monde viendra me voir pendu/Sauf les aveugles, bien entendu!"

09/05/08 - 11:36

Dans le cahier de mon pépé...

C'est toujours l'école qui est le sujet de la leçon de morale.

20 octobre 1943
"Fréquente l'école avec assiduité, applique-toi de tout ton coeur, efforce-toi chaque jour. Le sourire de ton maître est ton meilleur encouragement."

Le sourire du maître. Ah, si j'avais eu droit au sourirede mon prof de maths, j'aurais été le plus heureux des garçons. Mais voilà, j'étais d'une nullité sans pareil, et mon prof qui était un vrai sadique prenait un malin plaisir à me faire venir au tableau où je séchais lamentablement devant la classe hilare. Celui-là, je ne peux pas dire que son sourire que je n'ai jamais vu ait été pour moi un encouragement. C'étaitune sorte de rictus carnassier qui me terrifiait et me faisait perdre tous mes moyens. Heureusement, j'avais un bon copain qui, en échange de quelques caresses, me faisait mes exos de maths. J'avais rapidement pris l'habitude de ce petit manège qui me procurait beaucoup de plaisir, autant qu'à lui sûrement, mais je n'ai jamais progressé pour autant, sauf, à l'âge de quatorze ans, dans la découverte du corps d'un garçon. Finalement, je me dis que les maths ont servi à quelque chose dans ma vie... On ne dira jamais assez de bien de Pythagore!

09/05/08 - 00:39

Extrait du cahier d'un écolier sous l'occupation .

J'ai déniché ce cahier parmi d'autres et parmi des livres de classe dans une malle dans le grenier de mes grands-parents maternels. Cahier de morale et d'instruction civique. Je l'ai emporté chez moi, et je l'ai lu. J'ai voulu en faire la recension, livrer son contenu aux lecteurs éventuels, non pas pour le simple plaisr de leur infliger des résumés de morale, mais pour montrer comment, derrière le contenu en apparence anodin, se glissaient parfois des messages qu'on dirait aujourd'hui subliminaux et qu'il est intéressant de décoder. J'ai cherché à faire une concordance entre les textes recueillis et les mots d'ordre d'une certaine propagande. Je ne pensais pas, en commençant, que ce petit travail allait susciter des réactions franchement hostiles et méprisantes chez certains lecteurs un peu trop facilement donneurs de leçons. Je suis toujours surpris de voir comment, quand on parle de certains sujets, il se trouve des gardiens du temple (mais de quel temple ?), des défenseurs acharnés de l'orthodoxie (laquelle ?), des gardes rouges toujours disposés à vous prêter je ne sais quelles intentions et à monter au créneau pour vous démolir. Mais leurs commentaires ne me décourageront pas de continuer.

Après le thème du travail, on aborde celui de l'école.

17 octobre
"Va en classe avec plaisir, et travaille avec application. Ecoute tes maîtres et respecte leur savoir."

20 octobre
"En se montrant studieux, l'écolier se rend service à lui-même et il s'assure les moyens d'augmenter son bien-être. Puis il se rend utile à la France dont, plus tard, il rehaussera la gloire par ses travaux ou par ses découvertes. La Patrie récompense ses bons écoliers. C'est de l'instruction que naît la grandeur des nations."

Le ton de ces quelques lignes est volontairement emphatique, un brin pompeux. Si, sous la Révolution de 89, les Robespierre et les Saint-Just pouvaient guillotiner Lavoisier en affirmant que "la République (n'avait) pas besoin de savants", la Révolution Nationale glorifie l'Ecole, sans doute pour mieux asseoir sa légitimité. On fait distribuer aux enfants des vignettes représentant le Maréchal Pétain, dont une porte en subscription ces mots "Je travaille bien en classe pour faire plaisir au Maréchal"! Tel Charlemagne, il récompense les bons écoliers. "A ma gauche les boucs, à ma droite les bénis de mon Père". C'est aussi simple que ça, mais ça marche.

08/05/2008

08/05/08 - 16:00

LE DIABLE ET L'ERMITE

En regardant une émission consacrée à mai 68, j'ai eu la surprise agréable voir deux participants qui, il y a quarante ans, s'opposèrent sinon physiquement, du moins politiquement, philosophiquement, idéologiquement, se congratuler réciproquemnt, se faire des sourires avenants et se dire tout le bien qu'ils pensaient l'un de l'autre. Ces deux personnages étaient le Préfet Grimaud, alors responsable de la police parisienne, et Daniel Cohn-Bendit. Chacun rendit hommage à l'autre, et Dany, l'ex rouge, félicita Grimaud de ce qu'il n'y avait pas eu de morts lors des affrontements. Il eu ce mot "Grimaud n'est pas Papon". Dany a aujourd'hui 63 ans. Quand il devient vieux, le diable se fait ermite. (Attention, ne faites surtout pas la liaison!). Dans 40 ans, on verra peut-être Olivier B. rouler une pelle édentée à Nicolas S.

08/05/08 - 13:49

Continuons de feuilleter le cahier de pépé (15-16 octobre)

Le nouveau thème abordé est l'école, les vertus de l'instruction, le bon écolier. On ne trouve pas de message de propagande apparent. Les conseils dispensés pourraient l'être encore aujourd'hui. Ils sont de toutes les époques. Simplement, on appuyait davantage sur le sens de l'école et la necessité de s'instruire. On y voit que le maître était un des personnages centraux dela vie sociale. Tout invitait à l'écouter et à le respecter. Il était une sorte de père sublimé, et l'école était une autre famille pour l'enfant. Il n'était pas question à cette époque de contester l'autorité et le savoir des maîtres.

14 octobre.

Le titre, l'école, est calligraphié en caractères d'un module supérieur à ceux de l'écriture normale. Il est soigneusement encadré, et le fond a été colorié. il s'agit de souligner l'importance du sujet traité.

"Tu viens à l'école pour t'instruire. Tu t'instruis pour maintenant,mais aussi pour plus tard. Ta vie se construit à l'école. Sois donc un bon écolier."

Le verbe "instruire" et le mot "instruction" reviennent souvent dans les petits textes recopiés. A l'époque, on ne parlait pas d'Education Nationale mais d' "Instruction Publique". L'éducation était donnée à la maison. Ecole et famille ne s'opposaient pas comme aujourd'hui. Loin d'être antagonistes, elles tiraient dans le même sens. D'ailleurs, le résumé de morale du 16 octobre est simple:

"L'école: elle est pour toi une seconde famille."

08/05/08 - 08:11

Dans le cahier d'écolier de mon pépé

12 octobre

Le travail
"Le travail élève. Le travail bien fait procure satisfaction et fierté.
Le bon ouvrier aime son travail. Il y met tout son coeur, tout son savoir et tout son art. Ecolier, imite l'ouvrier consciencieux."

Voilà un propos, qui, je l'espère, ne me vaudra pas de commentaires plus ou moins acides.

07/05/2008

07/05/08 - 13:10

Quoi de neuf dans le cahier de pépé ?

Aujourd'hui, les élèves vont lire un texte où il est question d'un vigneron qui ne récoltera pas dans l'année. Le temps, les gelées, tout s'est ligué contre lui. La vigne ne donnera rien. Il ne vendra pas son vin. Les jours s'annoncent mauvais. Les enfants du vigneron sont en colère. L'un d'eux propose d'arracher cette vigne qui ne produit rien. Mais le père lui tient un tout autre discours. "Les temps sont durs, mon fils. Mais l'année prochaine sera bonne. Les jours meilleurs vont venir. Aie confiance. Ton grand-père l'a plantée. Il l'a soignée avec amour. J'ai travaillé pour l'améliorer. Nous allons la soigner, notre vigne. Tu verras, l'année prochaine, elle donnera de nouveau du raisin en abondance. Il ne faut jamais désespérer. Il faut croire aux lendemains meilleurs."

10 octobre. Résumé
"Le vigneron tenace.
Il sait qu'il ne récoltera pas cette année. Il travaille pour plus tard sans écouter le fils en colère. Nous devons imiter le vigneron courageux et penser à demain avec confiance."

Le père parle à ses fils: "Pensons à demain. Gardons confiance en l'avenir. Aujourd'hui, nous souffrons, demain nous nous réjouirons." Le fils en colère brusque le vieux père, et propose de se débarrasser de cette vigne perdue. Ce fils, ne serait-ce pas le Général de Gaulle qui fustige le vieux Maréchal et ceux qui ont entraîné la France dans la capitulation ? "Ne l'écoutez pas", dit le père à ses autres enfants. "Continuons de travailler pour demain, car notre vigne (la France) retrouvera sa force et produira de nouveau du vin en abondance." Le père, c'est évidemment le Maréchal qui protège la Patrie et travaille dans l'ombre pour la victoire.
Il y a, dans ce petit résumé des accents qui rappellent aussi les paraboles du Nouveau Testament. On n'oublie pas que la Franceest la fille aînée de l'Eglise, fidèle à Dieu et au Maréchal.

07/05/08 - 01:23

DANS LE VIEUX CAHIER DE PEPE

Que tous les milichiens branchent leur sonotone et se munissent d'une bonne loupe pour lire et entendre ce qui va suivre. Je répète que je cherche à décrypter les petits messages qui s'adressaient à des enfants de onze ou douze ans il y a de cela 65 ans dans des écoles de France. Je lis entre les lignes. Mon opinion personnelle n'a rien à voir là dedans.
10 octobre
Le maître reprend le thème de l'imprévoyant et du paresseux, et il évoque le patrimoine, c'est-à-dire la France. On est dans les années les plus sombres de l'occupation. Les Français galèrent pour survivre. L'engagement politique peut mener aux poursuites policières, judiciaires, et à la mort. Le discours dominant est celui-ci: les hommes politiques de la IIIème République et les Juifs sont la cause de l'effondrement national. Il faut des responsables, comme dans toutes situations graves. Vichy s'est engagé dans une Révolution nationale dont l'objectif avoué est de "relever la Patrie". Le petit résumé de la leçon de morale du jour est parfaitement clair quand on a les clés pour le décoder.

"L'imprévoyant et le paresseux laissent dépérir le patrimoine que leur ont transmis leurs aînés. ILS NE SONT PAS DIGNES DE L'HERITAGE QU'ILS ONT RECU.
Ecolier de France, par ton labeur tu participes aussi à la vie du pays. Montre-toi digne de ce que tes aînés ont construit."

La propagande de l'époque illustre habilement ce thème de la maison commune sapée par les forces de la politique corrompue et de l'argent. On voit une maison qui s'écroule, envahie par les ronces. Près d'elle se tiennent des individus ventripotents et grimaçants, cigare aux lèvres, des sacs d'or plein les bras. On voit aussi une famille en pleurs qui s'éloigne, vaincue par la misère. A côté, l'image de la même maison. Mais la Révolution nationale est passée par là. La maison est belle, propre, débarrassée de ses mauvaises herbes. On voit ses fondations solides. La famille, heureuse, est dans la maison. Plus loin, les ploutocrates s'enfuient. A l'horizon, le soleil se lève. Dans l'arc de cercle que dessine le soleil levant, le mot FRANCE.

06/05/2008

06/05/08 - 18:29

A tous les milichiens qui n'ont pas appris à lire...

Ca me fout dans une rogne pas possible quand je lis des comm à la con vennt d'un mec qui n'est même pas joignable sur ce site, et donc avec qui je ne peux pas discuter. Je recense des petits résumés de morale puisés dans un cahier qui date des années 40, et je m'efforce de montrer comment le contenu s'articule admirablement avec l'idéologie de l'époque. Et voilà ce con qui me parle de Kommandantur, de Chantiers de Jeunesse, de Laval, pourquoi des camps de la mort, pendant qu'il y est. Mais on en est pas loin puisqu'il me salue d'un Sieg Heil sonore, ce connard. Je vous jure, il y a vraiment des tordus sur cette terre! Enfin, j'espère qu'il est le seul à n'avoir rien compris. En tout cas, il doit avoir du mal avec les livres d'histoire s'il prend les faits qui y sont exposés pour l'opinion personnelle de l'auteur. Il a du apprendre par coeur ces paroles de Fouché, le Minsistre de la police de Napoléon: "Donnez-moi deux mots de la main d'un homme, et je le fais pendre!" C'est vrai que la bêtise est la pire chose (et la plus dangereuse) qui se puisse rencontrer.

06/05/08 - 11:34

Ce matin au tableau noir - 0ctobre de guerre

Suite de la parabole de la cigale et dela fourmi.

9 cotobre.
La leçon porte à nouveau sur la fable de la cigale et la fourmi. L'insouciante cigale symbolise le peuple français qui s'est beaucoup amusé avant la guerre, et qui pleure maintenant. Allusion à 1936, sans doute, aux congés payés et aux avancées sociales qui ont fait naître et entretenu cet "esprit de jouissance" au détriment de l' "esprit de sacrifice". La cigale, comme le peuple français, n'a plus que ses yeux pour pleurer, et elle doit s'en prendre à sa propre légèreté. Autrement dit, ce qui lui arrive est pain béni.

"N'imite pas l'insouciante cigale qui ne pensait qu'à s'amuser jour et nuit et à profiter de la vie sans voir venir les jours sombres et les heures difficiles. L'imprévoyant est à plaindre et à blâmer. Fais ton métier d'écolier afin de contribuer à la renaissance de la Patrie."
On retrouve en filigrane les accents du nouvel hymne de la France d'alors, "Maréchal, nous voilà... Tu as lutté sans cesse pour le salut commun... /Tu nous as redonné l'espérance / La Patrie renaîtra / Maréchal, Maréchal, nous voilà."

06/05/08 - 07:39

Ce matin au tableau noir

9 octobre
Les élèves sont invités à réfléchir sur la fable "La cigale et la fourmi" du bon Monsieur de La Fontaine. On met en valeur les qualités de la fourmi laborieuse et économe, sans pour autant dissimuler son égoïsme, et on stigmatise l'imprévoyance de la cigale jouisseuse et légère, qui, les jours mauvais venus, vient pleurer sur son sort auprès de sa voisine. N'oublions pas qu'on est pendant la guerre. La France paie au prix fort sa défaite et son occupation. Et l'école relaie les propos du Maréchal Pétain, notamment ceux qui expliquaient aux Français les raisons de la défaite: "L'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice... On a revendiqué plus qu'on a servi." 'Allocution aux Français, Juin 1940).
Cette tonalité se reflète dans le résumé de morale de ce 9 octobre:

"Ecolier, prends exemple sur la fourmi laborieuse, économe et prévoyante. Elle ne craint pas la saison mauvaise. Par sa prévoyance, ses efforts et son travail, elle a mis sa famille a l'abri de la faim, du froid et du besoin. Mais n'imite pas son égoïsme. Il faut aider ton prochain dans le besoin. Aide ceux qui travaillent au bien de la Patrie pour la reconstruire plus forte, plus belle et plus généreuse."
Le message est clair: TRAVAIL-FAMILLE-PATRIE.

05/05/2008

05/05/08 - 12:30

Voyons ce qu'il y a dans le journal de mon pépé

A la date du 8 octobre
Attention, les petits djeunes, vous allez en rester sur votre gagne-pain; voici en effet ce qu'on enseignait aux gamins de CM1-CM2:
"La grande règle de la vie, c'est le travail. Quand on est jeune et qu'on se porte bien, on doit travailler. Dans la société des hommes, il n'y a pas de place pour le fainéant."
Ce genre de discours ne passe plus en 2008. Un prof qui oserait dire cela se prendrait une balle perdue dans les fesses!

05/05/08 - 12:12

Le travail... réponse à Zitrion

Comme disait Alphonse Allais: "L'homme n'est pas fait pour le travail. La meilleure preuve, c'est que ça le fatigue."

05/05/08 - 07:42

Dans le vieux cahier de pépé

6 octobre
Le maître fait réfléchir les élèves sur une lecture consacrée à un humble "tâcheron", un de ces travailleurs qu'on employait autrefois à faire tous les travaux, y compris les plus rebutants, les plus pénibles, et souvent peu payés.
"Ne méprise pas l'homme humble qui travaille sans relâche. C'est l'homme de toutes les besognes que ne font pas les autres journaliers. Il n'y a pas de sot métier."

Ceci me fait penser à ce jeune de 19 ans que j'ai pris en stop il y a quelques jours. Il attendait sous la flotte et dans le froid. On a bavardé pendant le trajet.
"Tu fais quoi ?"
"Rien."
"Tu cherches pas du taf ?"
"Bof..."
"Quoi Bôf ?"
"Je veux un boulot qui me fasse pas chier, où j'aie pas mal de liberté et je veux gagner de la tune. Je veux pas un boulot de merde."
Que voulez-vous, il n'y a pas de sot métier, c'est bien connu. Pépé aurait ajouté "Il n'y a que de sottes gens".