J'écoute : la chouette qui ulule toutes le nuits et qui m'aide à m'endormir
Je regarde : les étoiles; leur nombre me persuade de l'éternité
Je lis : plusieurs livres que j'ai commencés et que je n'ai pas terminés
Je joue : à me faire peur
Je mange : trop souvent seul, hélas
Je bois : trop souvent seul aussi, hélas
Je cite : le moins possible; les citations traduisent un manque de personnalité
Je pense : à beaucoup trop de choses à la fois; j'arrête pas de penser
Je rêve : beaucoup, souvent, toujours
(mis à jour dimanche 28 octobre 2007 à 00:23)

03/12/2007

03/12/07 - 21:53

NOEL, LA NOSTALGIE

Un petit cadeau de Noël pour tous ceux que j'aime, et spécialement à toi, Judicaël:
je suis quelqu'un qui lit beaucoup, et j'ai une tendresse particulière pour Colette. Ne soyez donc pas surpris que je dépose ce petit cdeau dans vos sabots.

MES NOELS D'ENFANT

"Il vous paraîtra étrange que mes Noëls d'enfant -là -bas on dit "Nouël"- aient été privés du sapin frais coupé, de ses fruits de sucre, de ses petites flammes. Mais ne m'en plaignez pas trop, notre nuit du vingt-quatre était quand même une nuit de célébration, à notre silencieuse manière.
Il était bien rare que Sido n'eût pas trouvé dans le jardin, vivaces, épanouies sous la neige, les fleurs de l'ellébore que nous appelons roses de Noël.
En bouquet au centre la table, leurs boutons clos, ovales, violentés par la chaleur du beau feu, s'ouvraient avec une saccade mécanique qui étonnait les chats et que je guettais comme eux.
Nous n'avions ni boudin noir, ni boudin blanc, ni dinde aux marrons, mais les marrons seulement, bouillis et rôtis, et le chef- d'oeuvre de Sido, un pudding blanc, clouté de trois espèces de raisins, Smyrne, Malaga, Corinthe-truffé de melon confit, de cédrat en lamelles, d'oranges en petits dés.
Puis, comme il nous était loisible de veiller, la fête se prolongeait en veillée calme, au chuchotement des journaux froissés, des pages tournées, du feu sur lequel nous jetions quelque élagage vert et une poignée de gros sel qui crépitait et flambait vert sur la braise.
Quoi, rien de plus ? Non, rien. Aucun de nous ne souhaitait davantage, ne se plaignait d'avoir trop peu. Le sifflant hiver assiégeait les persiennes. La grosse bouilloire de cuivre, assise dans les cendres, et les cruchons de terre qu'elle allait remplir, nous promettaient des lits chauds dans les chambres froides.
-Maman, je ne veux pas me coucher! Je veux veiller toute la nuit, toutes les nuits!
-A ton gré, Minet-Chéri... Voilàle jour. Tu vois, la neige devient bleue entre les lames des persiennes. Tu n'entends pas que les poules chantent ?
Je croyais veiller encore. C'est que, surprise par l'heure tardive, je dormais déjà, la tête sur mes bras pliés, mes tresses au long des joues comme deux couleuvres gardiennes. "

Colette. "Paris, de ma fenêtre"


Et en plus, c'est admirablement écrit...
Bon Noël à tous!



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