J'écoute : la chouette qui ulule toutes le nuits et qui m'aide à m'endormir
Je regarde : les étoiles; leur nombre me persuade de l'éternité
Je lis : plusieurs livres que j'ai commencés et que je n'ai pas terminés
Je joue : à me faire peur
Je mange : trop souvent seul, hélas
Je bois : trop souvent seul aussi, hélas
Je cite : le moins possible; les citations traduisent un manque de personnalité
Je pense : à beaucoup trop de choses à la fois; j'arrête pas de penser
Je rêve : beaucoup, souvent, toujours
(mis à jour dimanche 28 octobre 2007 à 00:23)

08/11/2007

08/11/07 - 15:17

La vie après la vie

Les natifs du signe du scorpion sont en général des êtres complexes, ambigus, apparemment pétris de contradictions qui les rendent difficiles à comprendre, difficiles à vivre, parfois détestables, mais toujours attachants, parfois séduisants, voire fascinants. Ce signe a marqué des hommes tels que Camus, Picasso, Dostoïevski, André Chénier, Martin Luther, Voltaire, Schiller, Malraux, Erasme, Rodin, pour n'en citer que quelques-uns parmi les plus connus. La bestiole elle-même exerce une espèce de séduction, et ce n'est sûrement pas par hasard si elle figure au hit-parade des tatouages avec le serpent, l'aigle et le dragon. Le scorpion qui vit dans l'ombre possède cette particularité de se donner la mort lorsqu'il est en danger, notamment s'il est encerclé par le feu. Le serpent fascine et fait peur en raison d'un contexte auquel il est associé. Il ne voit ni n'entend, il ne marche pas. C'est l'animal maudit par excellence. L'aigle est le seul être capable de fixer le soleil. Il est généralement associé à la divinité.
Le signe du scorpion correspond à la période allant du 23 octobre au 21 novembre. C'est la fin d'un cycle de vie. Signe d'eau, il est associé la pourriture et à la mort. En effet, on entre dans la période où les nuits sont plus longues que les jours, le soleil est sur son déclin, et les populations anciennes y voyaient la préfiguration de la fin de la vie. Mais l'ambiguité du signe tient aussi au fait que la vie est appelée à ressurgir, le soleil à revenir (ce sera le "sol invictus" de Noël). D'où l'idée qu'il faut se résoudre à mourir pour revivre. Le natif su Scorpion est un être fasciné par le sexe et la mort, (libido et destrudo), le désir de jouir de la vie et l'aspiration à une vie spirituelle qui le porte vers la religion ou l'occultisme. Qu'il en ait ou non une conscience claire, ces deux pôles apparemment opposés régissent sa vie. Son goût de la jouissance, sa force vitale, peuvent le pousser au suicide s'il se sent diminué ou s'il perd le contrôle qu'il aime à exercer sur les choses (quitter les choses avant que les choses ne le quittent). La mort est pour lui la preuve de sa liberté, et il vit de manière à l'apprivoiser.
Outre que mon anniversaire tombe le 4 novembre, je vois toujours arriver la Toussaint et la Fête des Morts ave une sorte de jubilation intérieure. J'aime cette période de l'année où la vie commence à s'abîmer dans l'obscurité et le silence. La nature prend des teintes qu'on ne voit à aucun autre moment de l'année. Le ciel a des couleurs uniques. La nuit est longue, parfois très longue, pour qui ne dort pas. Et c'est mon cas. J'aime aussi aller me promener dans les cimetières et m'arrêter devant une tombe ou une autre, comme cela, pendant quelques instants. C'est le dialogue d'un vivant avec des hommes, des femmes ou des enfants qui le furent pendant quelques années et qui ne le sont plus dans leur corps, mais qui vivent autrement, d'une réalité que nous ne connaissons pas encore. Ils ont fait le grand passage, ils ont vécu la grande épreuve. Désormais, ils savent. Ils voient de leurs yeux ce que nous, mortels, ne voyons pas encore.
J'aime à écouter, le soir, seul dans ma maison, l'Office des Morts, le Requiem grégorien, chanté par les moines de Fontgombault. Il existe plusieurs requiems, tous très beaux, de Mozart, de Verdi, de Berlioz, de Fauré. Tous sont des chefs d'oeuvre, et pourtant, aucun n'atteint en densité le requiem grégorien. C'est dans l'Office des Morts qu'on touche du doigt cette Espérance qui abolit la peur que l'idée de mort fait naître chez les vivants. Et je ne comprends pas que des prêtres aient pu abandonner ce trésor de la liturgie chrétienne au profit de chansonnettes et de musiques idiotes qui, au lieu de nous faire monter vers le Ciel, nous traînent au ras du sol et nous rappellent que nous ne voulons pas mourir. Au lieu de nous apaiser, elles nous affolent et nous révoltent. J'aime entre tous le chant du Subvenite qui se situe au moment où le corps du défunt entre dans l'église. Il évoque l'accueil des anges venus au-devant de celui qui est parti. La paix et l'espérance en sont la marque essentielle. Le génie du grégorien tient à cela qu'il sait faire monter l'âme chrétienne vers Dieu dans la contemplation paisible de la mort qui n'a plus rien d'effrayant. Il est à l'unisson des paroles de Job: "Je sais que mon Sauveur est vivant, et qu'au dernier jour, dans ma propre chair, je le contemplerai".
Après la lecture de l'Epitre de Saint Paul vient le chant de l'Absolve où le choeur demande à Dieu de délivrer les âmes des défunts des liens de leurs péchés. L'Absolve st suivi du Dies irae qui évoque le Jugement Dernier.
Il est accompagné du glas qui renforce la caractère impressionnant des paroles terribles de ce poème et qui fait mieux comprendre le drame cosmique , le prodigieux affrontement entre la vie et la mort qui est en train de se jouer à cet instant précis où les vivants implorent la miséricorde divine pour celui ou celle qu'ils accompagnent: "Ne perenni cremer igne", "ne m'abandonne pas au feu éternel".
La messe des funérailles se termine par le chant du Libera me, Domine. "Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour de terreur, où la terre et le ciel trembleront/ Quand vous viendrez juger le monde par le feu. La peur me gagne et je frémis à voir venir le jugement et la colère qui s'approchent." La mélodie est admirable et elle est soutenue puissamment par le bourdon qui résonne comme l'adieu, l'A-Dieu pour celui qui va quitter maintenant l'église au chant de l'In Paradisum pour être conduit au lieu de son repos.
Voilà ce qu'évoque pour moi, cette période de l'année . Ce n'est ni triste, ni effrayant, ni cruel, ni douloureux. C'est simplement de la beauté à l'état pur, preuve que la mort n'a jamais le dernier mot. C'est tout simplement la Vie.

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Deux citations pour illustrer la dualité de la personne du Scorpion:
"L'homme sait que le monde n'est pas à l'échelle humaine; et il voudrait qu'il le fût". (André Malraux, 3 novembre 1901)

"Cependant jouissons, l'âge nous y convie. Avant de la quitter, il faut user la vie. Le moment d'être sage est voisin du tombeau". (André Chénier, 3 novembre 1762)

commentaires

24/11/07 - 23:50

Alors, même avec beaucoup de retard, bon anniversaire! Et bienvenue au club! :-)

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