Le remords de Faudelio
22h40. Je regarde vaguement la télé, très vaguement. Léo saute sur mes genoux, Valentine, la petite chienne, s'agite à mes mes pieds. J'ai un peu froid. Je vais mettre le chauffage. La télé m'ennuie. J'ai besoin de musique. Besoin d'une musique qui s'accorde à mes pensées. La liturgie slave, voilà ce que je choisis. C'est beau, c'est profond, la musique s'élève comme les vapeurs de l'encens, tourbillonne, enfle, s'exhale. Je ne peux m'empêcher de penser à ce garçon si gentil, si doux et si meurtri. Que fait-il ce soir ? Est-il seul ? Est-il sorti ? Erre-t-il du côté de la rue Sainte-Catherine à la recherche d'une improbable rencontre ? Est-il enfermé chez lui, berçant sa propre douleur ? Peut-être rien de tout cela. Son image me hante. Je ne peux l'écarter. Cent fois j'ai été tenté de lui envoyer un message. Mais je sais que ce serait mettre le doigt dans un fatal engrenage. Il ne faut surtout pas ajouter à sa souffrance unesouffrance supplémentaire. Alors je resterai silencieux, et je respecterai son silence. Ce soir, je me sens vide. Je n'ai envie de rien, et je prie le Ciel que Laurent ne me téléphone pas. Je suis par la pensée avec ce garçon que j'aurais pu rencontrer, que j'ai failli connaître et que je ne connaîtrai jamais. Je voudrais tant qu'il lise ces mots. Ce soir. Demain. Un jour. Et qu'il sache que je pense à lui. Ca commence comme ça, un amour ?