12/05/2008Dernier jour d'octobre 42Le résumé de la leçon de morale du jour est très court. Il sonne comme une maxime qu'on s'attendrait à lire sur le fronton d'un monument ou comme une épitaphe sur le tombeau d'un très jeune Roi:
"APPRENEZ DE BONNE HEURE A FAIRE SERIEUSEMENT LES CHOSES SERIEUSES".
On dirait une recommandation du Roi à son fils. Philippe Pétain a des accents semblables lorsqu'il s'exprime à la radio pour inviter les Français à faire leur devoir comme lui fait le sien: "Il n'est pas difficile de faire son devoir, s'il est parfois mal aisé de le connaître." Adultes, enfants, vieillards, tous sont conviés à prendre leur part du fardeau collectif qui est tombé sur les épaules du Chef. Claudel dans son style inspiré écrit: "France, écoute ce vieil homme sur toi qui se penche et qui te parle comme un père...Fille de Saint Louis, écoute- le! Ecoute cette voix raisonnable sur toi qui propose et qui explique, cette proposition comme de l'huile, et cette vérité comme de l'or."
Le Maréchal, Saint Louis, le Père, c'est Philippe Pétain porté sur les autels. La mystique du Maréchal est née. L'école participe au culte : les enfants sont invités à lui écrire des lettres poour le soutenir et l'encourager:
"Mon cher Maréchal Pétain,
Je vous aime bien fort parce que vous êtes bien gentil. Je voudrais que vous veniez parce qu'on ne vous a jamais vu. On vous a vu seulement sur une image; vous êtes bien joli." L'enfant qui écrit ces lignes a l'âge de Gabriel.
Au fil des pages du petit cahier bleu de pépé30 octobre
Thème de la leçon du jour: Le travail - L'école
"L'instruction fait l'homme capable, l'éducation le fait honnête. Celui qui instruit est un second père."
La dernière phrase est importante. Dans le nouveau régime né de la défaite, le Maréchal se veut le père et l'éducateur des Français pour faire d'eux un peuple nouveau. Tous les régimes totalitaires ont cette ambition. "C'est à un redressement intellectuel et moral que je vous convie" Dans une harangue prononcée dans un centre de jeunes travailleurs, un officier s'exclame: "La France jeune renaît. C'est la France du Maréchal." Les principes de la nouvelle éducation sont simples. S'adressant aux jeunes filles, il leur dit: "Devenez vite de bonnes ménagères, soyez de généreuses jeunes Françaises. Il n'est pas de jeune fille saine, honnête, laborieuse et gaie qui ne trouve un bon mari...Vous serez la récompense après l'effort... Trop de femmes en France ont méconnu ces devoirs; leur influence sur les hommes a été désastreuse... La France s'est effondrée, réduite à l'esclavage...Vous serez tout autres, jeunes filles! Vos foyers seront féconds. Vous serez la femme d'un seul homme.Vous serez des épouses vaillantes. Vous serez des mères de soldats. Vous serez les mères des futurs héros. La situation l'exige. Le Maréchal vous le demande!" Le Maréchal est le père de la nation, le père de tout un peuple. En relisant des documents et des journaux de l'époque, j'ai trouvé des écrits où on s'adresse à lui en ces termes "Vénéré Maréchal". Un laudateur un peu trop zélé parle de "Saint Philippe". L'idôlatrie triomphe.
Une petite écolière lui écrit dans un style touchant de naïveté :"Monsieur le Maréchal,
Comme vous avez demandé d'être loyaux, francs et travailleurs, depuis le commencement de l'école, je commence, je m'applique à bien travailler et à bien m'appliquer, à ne pas voler, à ne pas tricher aux compositions, ne pas copier sur les camarades, ne pas mentir. Alors, Monsieur le Maréchal, je m'appliquerai à être comme vous le demanderez. Je veux vous faire plaisir; vous en faites tant pour nous."
En Allemagne, en URSS, en Italie, en Espagne, des milliers d'enfants écrivent des lettres semblables à Hitler, Staline, Mussolini et Franco. En feuilletant le cahier bleu de Gabriel, mon grand-père28 octobre
Aujourd'hui, le maître fait une leçon d'instruction civique.
LES DEVOIRS DU CITOYEN
"Le devoir de s'instruire.
Le bon citoyen doit avant tout obéir la loi. "Nul n'est censé ignorer la Loi". Dès son jeune âge, il doit apprendre à la connaître et à l'observer. L'instruction lui permet de comprendre la loi et de l'accepter. C'est à l'école que se forme le bon citoyen. C'est là qu'on apprend la pratique de tous les devoirs."
Dans son contexe de 1942, la phrase "Dès son jeune âge (le bon citoyen) doit apprendre à connaître et à observer la loi" fait frémir. Le 2 juin 1941, le statut particulier des Juifs a été décrété. Ils sont écartés de la vie publique, toute activité professionnelle leur est interdite, leurs biens sont confisqués, ils sont expulsés de leur logement. Ils sont astreints au port de l'étoile jaune. Les lois raciales leur retirent tous leurs droits, toute leur dignité d'hommes et de femmes et leur font obligation de se soumettre à cette humiliation supplémentaire. En 1942, les persécutions vont s'intensifier avec les rafles qui enverront à la mort des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants.
Que savaient de tout cela le petit Gabriel et ses copains de classe ? Rien, probablement. Ils apprenaient simplement que "le bon citoyen doit avant tout obéir à la loi". Avant tout... Ils ne comprenaient sans doute pas ce que cet "avant tout" impliquait pour ceux qui subissaient "la force injuste de la loi" d'alors. Et ils recopiaient mécaniquement ce principe "C'est à l'école qu'on apprend la pratique de tous les devoirs". Qui pouvait dire alors, dans un pays entièrement soumis à la force brutale de l'occupant et des complices, où commençaient les devoirs de chaque citoyen, mais surtout, quelles étaient les limites à ne pas franchir si l'on n'acceptait pas de perdre son âme ? Cela, le maître ne l'expliquait aux enfants. Enfin... pas ouvertement, et surtout pas publiquement. Mais il agissait dans l'ombre, comme beaucoup d'autres.
. En suivant Gabriel, jeune écolier en 1942De son écriture appliquée, Gabriel recopie le résumé que le maître a écrit au tableau.
C'est encore un hymne au bon élève. On exalte des valeurs qui, aujourd'hui, font sourire les élèves les plus gentils ou suscitent les railleries des gros durs qui jouent au keke en classe et y dictent leur loi. A l'époque, le bon élève n'était pas taxé d'intello, et il n'était pas l'objet des brimades de ceux pour qui la bonne note est une marque d'infâmie. Répondre au maître qui réprimandait un élève fautitf: "Je m'en bats les couilles", était aussi inimaginable qu'un voyage sur la lune. Le bon élève recevait un bon- point, sorte de petite vignette à l'effigie du Maréchal ou bien représentant une scène de la vie rurale (récolte, vendange, berger gardant son troupeau) ou du travail quotidien et de la vie familiale. Ainsi l'enfant apprenait qu'il est important de bien faire ce qu'on a à faire dans l'intérêt de tous.
"L'enfant sérieux, patient, studieux et courageux se haussera très vite au rang des très bons élèves. Ses maîtres et ses parents seront fiers de lui. Son travail et sa réussite sont leur plus belle récompense." 11/05/2008Dans le cahier bleu de pépé (octobre 1942)Après avoir passé au crible les "vertus" du bon écolier, le maître fait réfléchir sa classe sur ce qu'est le "mauvais" écolier. N'oublions pas que nous sommes en 1942, et que les Français sont de plus en plus soumis à la dureté d'une occupation qui se radicalise. La mystique du Maréchal atteint des sommets, mais aussi le rôle néfaste de Pierre Laval qui veut aller toujours plus loin dans la collaboration avec l'occupant. La guerre des chefs s'organise autour de Pétain qui est mis sur la touche de plus en plus nettement, au profit de racailles collaborationnistes entièrement dévouées à Hitler. C'est l'époque où Laval dit "Je souhaite la victoire de l'Allemagne".
Si le bon écolier doit aimer la France et son chef (on devrait dire "ses chefs"), le mauvais écolier, c'est celui qui n'obéit pas aux consignes de la propagande de Vichy, c'est celui qui écoute la radio de Londres, qui va ravitaller les maquisards, qui abrite les réfractaires au service du travail obligatoire en Allemagne (STO), qui écoute les maîtres qui donnent des consignes de résistance, qui lit les tracts diffusés par des groupements engagés auprès du PCF clandestin. Bref, c'est toute cette France souterraine qui lutte clandestinement, ce sont ces forces françaises de l'intérieur (FFI) qui intensifient la lutte contre l'ennemi.
26 octobre 1942
LE MAUVAIS ECOLIER
"Il est paresseux, il ne respecte pas ses maîtres et ses parents, il est méchant avec ses camarades. Il fait l'école buissonnière, il néglige ses devoirs et ne craint ps les punitions. Il n'a pas le souci de ceux qui souffrent et il ne participe pas à l'effort commun.
Ecolier de France, ne recherche pas sa compagnie. Elle te détournerait de ton devoir d'écolier et de Français."
On ne peut pas être plus clair. Le mauvais écolier, c'est ce mauvais Français qui ne participe pas à l'oeuvre de salut entreprise dès juillet 40. Curieux de voir comment chaque époque a ses bons et ses mauvais Français! 10/05/2008Un nouveau jour dans le vie d'un petit écolier en 1942Comme chaque jour, la classe commence par la petite lecture qui sera l'objet du résumé de moral que Gabriel et ses camarades copieront dans leur cahier. J'ai eu la chance de retrouver celui de mon grand-père. La France vivait sous l'occupation. Un régime nouveau s'était installé. Le Maréchal Pétain, le héros de Verdun, aurait pu finir ses jours tranquillement à Villeneuve-Loubet, auréolé d'un prestige que personne ne lui contestait. Au lieu de cela, il avait accepté de prendre la tête d'un pays vaincu. "Je fais le don de ma personne à la France pour soulager ses souffrances et atténuer son malheur." Après avoir rencontré le vainqueur à Montoire, il prononcera une allocution aux Français dans laquelle il dira ces terribles paroles qui scelleront son destin de malheur: "J'ai rencontré le Chancelier Hitler. C'est librement que je me suis rendu à son invitation. Je n'ai subi ni pression ni diktat. C'est résolument que j'entre dans la voie de la collaboration." Dès lors, la France va vivre à l'heure allemande. Le Maréchal Pétain, balayant la République, lance la Révolution nationale. Un culte du Chef naît très vite. Nouvel hymne, nouvelle devise de l'Etat, Travail, Famille, Patrie. L'école n'échappe pas à cette révolution. Les programmes sont soigneusement revus , corrigés et purgés de tout ce qui rappelait la République et ses idéaux. Un ministre veille à leur bonne application, Abel Bonnard, baptisé "Gestapette".
Ce matin du 24 octobre, le maître explique ce qu'est le bon écolier:
"Il est honnête, il est franc, loyal, il ne ment pas, ne triche pas. Il aime la France, et il met tout son coeur à travailler pour elle. Il fait son profit de ce que le maître enseigne. Il est modeste et serviable. Il respecte ses aînés et ne se moque pas de ses camarades. Il vient en aide à ceux qui ont besoin de lui. Il recherche en tout les bons exemples.
Ecolier de France, fais comme lui!
En ces temps de guerre et de misère, le marché noir est une activité florissante. Le gouvernement pourchasse les fraudeurs et les affameurs. On enseigne à l'écolier l'honnêteté. Il ne doit pas tricher, ne pas frauder. Il doit être loyal, c'est à dire obséissant aux ordres de ceux qui dirigent ce qui reste de la France. Etre loyal, c'est aussi ne pas écouter la radio de Londres et les appels à la résistance du Général de Gaulle que le tribunal de Riom a condamné à mort et à la confiscation de ses biens. Le bon écolier écoute ses maîtres et ses chefs, et il travaille pour la France, à l'image du Maréchal qui a donné sa personne à la Patrie. Il respecte ses aînés, et le premier d'entre eux, naturellement. Il recherche en tout les bons exemples. La propagande officielle a pour tâche de les lui fournir.
Ce matin, comme tous les matins, le petit Gabriel écoute les paroles du maître. Comprend-il tout ? En tout cas, il a écrit, et ce qu'il a écrit m'est parvenu, intact, net, précis. Dans le cahier de pépé à la date du 23 octobre 1942Je suis seul cette nuit. Mon minou travaille jusqu'à 03:00, et je n'ai pas envie de dormir seul. De toute manière, je dors très peu. Je suis comme ça, j'ai besoin de très peu de sommeil. Il est 00:50, et j'ouvre ce cahier bleu à la page qui porte la date du 22 octobre. J'imagine mon pépé en sarrau noir, assis à son pupitre, faisant le même geste que moi. Il ouvre son cahier, trempe sa plume sergent-major dans l'encre violette, écrit la date avec son application de petit bonhomme sérieux, conscient que ce qu'il fait est important. Les autres élèves font de même, également silencieux et appliqués. Le maître leur a expliqué qu'ils font leur "métier" d'écoliers, comme de bons petits soldats à l'instruction. D'ailleurs, le temps n'est pas si loin, à peine soixante ans, où sur proposition de Paul Bert qui avait succédé à Jules Ferry, des bataillons scolaires avaient été institués dans les écoles. Les garçons recevaient un semblant d'instruction militaire et faisaient un peu d'ordre serré dans la cour, un fusil en bois sur l'épaule, sous la direction d'un gendarme ou du garde champêtre. La défaite de 1870 et la guerre n'étaient pas loin, et la République oeuvrait pour la reconquête de l'Alsace-Moselle dont le Traité de Francfort avait amputé le pays. Déjà se préparait la guerre de 1914. Après 1940, la France est divisée en trois zones, zone interdite (ce sont les portions du territoire national qui bordent les frontières de la Suisse jusqu'à la Mer du Nord et toutes les zones côtières, Manche et littoral atlantique), zone occupée, et zone libre, avec une ligne de démarcation qu'on ne peut franchir qu'en certains points avec un laisser-passer, le fameux ausweiss. Mon grand-père habitait en zone occupée. Il n'était sans doute pas conscient du drame qui se jouait dans le pays, même s'il entendait ses parents parler et subissait comme tous les enfants de France les difficultés qu'impose l'occupation étrangère.
Donc, ce matin du 23 octobre 1942, lui et ses petits copains alignaient soigneusement en haut de la page en tirant la langue ces mots solennels:
LES PRINCIPALES VERTUS DE L'ECOLIER
"Le bon écolier est sérieux, appliqué, sensé et réfléchi. Il ne se laisse pas distraire par le
paresseux, l'insensé ou l'insolent.
Il est nécessaire d'apprendre pour savoir. C'est la science qui fait avancer les hommes."
Le maître avait lu ce petit texte de sa voix la plus sonore en détachant bien les mots, puis il avait demandé aux élèves de le lire à leur tour. Il avait pris soin auparavant d'expliquer les mots importants: sérieux, appliqué, sensé, réfléchi, en suivant les nouvelles Instructions Officielles qui l'invitaient expressément à citer aux enfants l'exemple du Maréchal. Immuable rite au commencement de la journée, qui se concluait par le chant du "Maréchal, nous voilà". Alors seulement la classe pouvait se mettre au travail. 09/05/2008Dans le petit cahier bleu d'un écolier des années 4021 octobre 1943
Exhortation à Monsieur l'écolier:
"Fuis les mauvaises compagnies; abstiens-toi de lire les mauvais livres."
Question: quelles sont les mauvaises compagnies? Quels sont les mauvais livres?
J'ai toujours eu de la peine à distinguer entre "les bons" et "les mauvais". J'imagine que si j'avais eu 12 ou 13 ans à cette époque, j'aurais été cloué au pilori comme sale petit pédé. Quant aux mauvais livres, Baudelaire, Colette, Gide et tant d'autres écrivains de talent ont vu leurs oeuvres condamnées à l'enfer, puis largement expurgées, avant d'être tout doucement réhabilitées. Comme disait Brassens: "Non, les braves gens n'aiment que/ l'on suive une autre route qu'eux.// Tout le monde viendra me voir pendu/Sauf les aveugles, bien entendu!" Dans le cahier de mon pépé...C'est toujours l'école qui est le sujet de la leçon de morale.
20 octobre 1943
"Fréquente l'école avec assiduité, applique-toi de tout ton coeur, efforce-toi chaque jour. Le sourire de ton maître est ton meilleur encouragement."
Le sourire du maître. Ah, si j'avais eu droit au sourirede mon prof de maths, j'aurais été le plus heureux des garçons. Mais voilà, j'étais d'une nullité sans pareil, et mon prof qui était un vrai sadique prenait un malin plaisir à me faire venir au tableau où je séchais lamentablement devant la classe hilare. Celui-là, je ne peux pas dire que son sourire que je n'ai jamais vu ait été pour moi un encouragement. C'étaitune sorte de rictus carnassier qui me terrifiait et me faisait perdre tous mes moyens. Heureusement, j'avais un bon copain qui, en échange de quelques caresses, me faisait mes exos de maths. J'avais rapidement pris l'habitude de ce petit manège qui me procurait beaucoup de plaisir, autant qu'à lui sûrement, mais je n'ai jamais progressé pour autant, sauf, à l'âge de quatorze ans, dans la découverte du corps d'un garçon. Finalement, je me dis que les maths ont servi à quelque chose dans ma vie... On ne dira jamais assez de bien de Pythagore! Extrait du cahier d'un écolier sous l'occupation .J'ai déniché ce cahier parmi d'autres et parmi des livres de classe dans une malle dans le grenier de mes grands-parents maternels. Cahier de morale et d'instruction civique. Je l'ai emporté chez moi, et je l'ai lu. J'ai voulu en faire la recension, livrer son contenu aux lecteurs éventuels, non pas pour le simple plaisr de leur infliger des résumés de morale, mais pour montrer comment, derrière le contenu en apparence anodin, se glissaient parfois des messages qu'on dirait aujourd'hui subliminaux et qu'il est intéressant de décoder. J'ai cherché à faire une concordance entre les textes recueillis et les mots d'ordre d'une certaine propagande. Je ne pensais pas, en commençant, que ce petit travail allait susciter des réactions franchement hostiles et méprisantes chez certains lecteurs un peu trop facilement donneurs de leçons. Je suis toujours surpris de voir comment, quand on parle de certains sujets, il se trouve des gardiens du temple (mais de quel temple ?), des défenseurs acharnés de l'orthodoxie (laquelle ?), des gardes rouges toujours disposés à vous prêter je ne sais quelles intentions et à monter au créneau pour vous démolir. Mais leurs commentaires ne me décourageront pas de continuer.
Après le thème du travail, on aborde celui de l'école.
17 octobre
"Va en classe avec plaisir, et travaille avec application. Ecoute tes maîtres et respecte leur savoir."
20 octobre
"En se montrant studieux, l'écolier se rend service à lui-même et il s'assure les moyens d'augmenter son bien-être. Puis il se rend utile à la France dont, plus tard, il rehaussera la gloire par ses travaux ou par ses découvertes. La Patrie récompense ses bons écoliers. C'est de l'instruction que naît la grandeur des nations."
Le ton de ces quelques lignes est volontairement emphatique, un brin pompeux. Si, sous la Révolution de 89, les Robespierre et les Saint-Just pouvaient guillotiner Lavoisier en affirmant que "la République (n'avait) pas besoin de savants", la Révolution Nationale glorifie l'Ecole, sans doute pour mieux asseoir sa légitimité. On fait distribuer aux enfants des vignettes représentant le Maréchal Pétain, dont une porte en subscription ces mots "Je travaille bien en classe pour faire plaisir au Maréchal"! Tel Charlemagne, il récompense les bons écoliers. "A ma gauche les boucs, à ma droite les bénis de mon Père". C'est aussi simple que ça, mais ça marche.
08/05/2008LE DIABLE ET L'ERMITEEn regardant une émission consacrée à mai 68, j'ai eu la surprise agréable voir deux participants qui, il y a quarante ans, s'opposèrent sinon physiquement, du moins politiquement, philosophiquement, idéologiquement, se congratuler réciproquemnt, se faire des sourires avenants et se dire tout le bien qu'ils pensaient l'un de l'autre. Ces deux personnages étaient le Préfet Grimaud, alors responsable de la police parisienne, et Daniel Cohn-Bendit. Chacun rendit hommage à l'autre, et Dany, l'ex rouge, félicita Grimaud de ce qu'il n'y avait pas eu de morts lors des affrontements. Il eu ce mot "Grimaud n'est pas Papon". Dany a aujourd'hui 63 ans. Quand il devient vieux, le diable se fait ermite. (Attention, ne faites surtout pas la liaison!). Dans 40 ans, on verra peut-être Olivier B. rouler une pelle édentée à Nicolas S. Continuons de feuilleter le cahier de pépé (15-16 octobre)Le nouveau thème abordé est l'école, les vertus de l'instruction, le bon écolier. On ne trouve pas de message de propagande apparent. Les conseils dispensés pourraient l'être encore aujourd'hui. Ils sont de toutes les époques. Simplement, on appuyait davantage sur le sens de l'école et la necessité de s'instruire. On y voit que le maître était un des personnages centraux dela vie sociale. Tout invitait à l'écouter et à le respecter. Il était une sorte de père sublimé, et l'école était une autre famille pour l'enfant. Il n'était pas question à cette époque de contester l'autorité et le savoir des maîtres.
14 octobre.
Le titre, l'école, est calligraphié en caractères d'un module supérieur à ceux de l'écriture normale. Il est soigneusement encadré, et le fond a été colorié. il s'agit de souligner l'importance du sujet traité.
"Tu viens à l'école pour t'instruire. Tu t'instruis pour maintenant,mais aussi pour plus tard. Ta vie se construit à l'école. Sois donc un bon écolier."
Le verbe "instruire" et le mot "instruction" reviennent souvent dans les petits textes recopiés. A l'époque, on ne parlait pas d'Education Nationale mais d' "Instruction Publique". L'éducation était donnée à la maison. Ecole et famille ne s'opposaient pas comme aujourd'hui. Loin d'être antagonistes, elles tiraient dans le même sens. D'ailleurs, le résumé de morale du 16 octobre est simple:
"L'école: elle est pour toi une seconde famille." Dans le cahier d'écolier de mon pépé12 octobre
Le travail
"Le travail élève. Le travail bien fait procure satisfaction et fierté.
Le bon ouvrier aime son travail. Il y met tout son coeur, tout son savoir et tout son art. Ecolier, imite l'ouvrier consciencieux."
Voilà un propos, qui, je l'espère, ne me vaudra pas de commentaires plus ou moins acides. 07/05/2008Quoi de neuf dans le cahier de pépé ?Aujourd'hui, les élèves vont lire un texte où il est question d'un vigneron qui ne récoltera pas dans l'année. Le temps, les gelées, tout s'est ligué contre lui. La vigne ne donnera rien. Il ne vendra pas son vin. Les jours s'annoncent mauvais. Les enfants du vigneron sont en colère. L'un d'eux propose d'arracher cette vigne qui ne produit rien. Mais le père lui tient un tout autre discours. "Les temps sont durs, mon fils. Mais l'année prochaine sera bonne. Les jours meilleurs vont venir. Aie confiance. Ton grand-père l'a plantée. Il l'a soignée avec amour. J'ai travaillé pour l'améliorer. Nous allons la soigner, notre vigne. Tu verras, l'année prochaine, elle donnera de nouveau du raisin en abondance. Il ne faut jamais désespérer. Il faut croire aux lendemains meilleurs."
10 octobre. Résumé
"Le vigneron tenace.
Il sait qu'il ne récoltera pas cette année. Il travaille pour plus tard sans écouter le fils en colère. Nous devons imiter le vigneron courageux et penser à demain avec confiance."
Le père parle à ses fils: "Pensons à demain. Gardons confiance en l'avenir. Aujourd'hui, nous souffrons, demain nous nous réjouirons." Le fils en colère brusque le vieux père, et propose de se débarrasser de cette vigne perdue. Ce fils, ne serait-ce pas le Général de Gaulle qui fustige le vieux Maréchal et ceux qui ont entraîné la France dans la capitulation ? "Ne l'écoutez pas", dit le père à ses autres enfants. "Continuons de travailler pour demain, car notre vigne (la France) retrouvera sa force et produira de nouveau du vin en abondance." Le père, c'est évidemment le Maréchal qui protège la Patrie et travaille dans l'ombre pour la victoire.
Il y a, dans ce petit résumé des accents qui rappellent aussi les paraboles du Nouveau Testament. On n'oublie pas que la Franceest la fille aînée de l'Eglise, fidèle à Dieu et au Maréchal. DANS LE VIEUX CAHIER DE PEPEQue tous les milichiens branchent leur sonotone et se munissent d'une bonne loupe pour lire et entendre ce qui va suivre. Je répète que je cherche à décrypter les petits messages qui s'adressaient à des enfants de onze ou douze ans il y a de cela 65 ans dans des écoles de France. Je lis entre les lignes. Mon opinion personnelle n'a rien à voir là dedans.
10 octobre
Le maître reprend le thème de l'imprévoyant et du paresseux, et il évoque le patrimoine, c'est-à-dire la France. On est dans les années les plus sombres de l'occupation. Les Français galèrent pour survivre. L'engagement politique peut mener aux poursuites policières, judiciaires, et à la mort. Le discours dominant est celui-ci: les hommes politiques de la IIIème République et les Juifs sont la cause de l'effondrement national. Il faut des responsables, comme dans toutes situations graves. Vichy s'est engagé dans une Révolution nationale dont l'objectif avoué est de "relever la Patrie". Le petit résumé de la leçon de morale du jour est parfaitement clair quand on a les clés pour le décoder.
"L'imprévoyant et le paresseux laissent dépérir le patrimoine que leur ont transmis leurs aînés. ILS NE SONT PAS DIGNES DE L'HERITAGE QU'ILS ONT RECU.
Ecolier de France, par ton labeur tu participes aussi à la vie du pays. Montre-toi digne de ce que tes aînés ont construit."
La propagande de l'époque illustre habilement ce thème de la maison commune sapée par les forces de la politique corrompue et de l'argent. On voit une maison qui s'écroule, envahie par les ronces. Près d'elle se tiennent des individus ventripotents et grimaçants, cigare aux lèvres, des sacs d'or plein les bras. On voit aussi une famille en pleurs qui s'éloigne, vaincue par la misère. A côté, l'image de la même maison. Mais la Révolution nationale est passée par là. La maison est belle, propre, débarrassée de ses mauvaises herbes. On voit ses fondations solides. La famille, heureuse, est dans la maison. Plus loin, les ploutocrates s'enfuient. A l'horizon, le soleil se lève. Dans l'arc de cercle que dessine le soleil levant, le mot FRANCE. 06/05/2008A tous les milichiens qui n'ont pas appris à lire...Ca me fout dans une rogne pas possible quand je lis des comm à la con vennt d'un mec qui n'est même pas joignable sur ce site, et donc avec qui je ne peux pas discuter. Je recense des petits résumés de morale puisés dans un cahier qui date des années 40, et je m'efforce de montrer comment le contenu s'articule admirablement avec l'idéologie de l'époque. Et voilà ce con qui me parle de Kommandantur, de Chantiers de Jeunesse, de Laval, pourquoi des camps de la mort, pendant qu'il y est. Mais on en est pas loin puisqu'il me salue d'un Sieg Heil sonore, ce connard. Je vous jure, il y a vraiment des tordus sur cette terre! Enfin, j'espère qu'il est le seul à n'avoir rien compris. En tout cas, il doit avoir du mal avec les livres d'histoire s'il prend les faits qui y sont exposés pour l'opinion personnelle de l'auteur. Il a du apprendre par coeur ces paroles de Fouché, le Minsistre de la police de Napoléon: "Donnez-moi deux mots de la main d'un homme, et je le fais pendre!" C'est vrai que la bêtise est la pire chose (et la plus dangereuse) qui se puisse rencontrer.
Ce matin au tableau noir - 0ctobre de guerreSuite de la parabole de la cigale et dela fourmi.
9 cotobre.
La leçon porte à nouveau sur la fable de la cigale et la fourmi. L'insouciante cigale symbolise le peuple français qui s'est beaucoup amusé avant la guerre, et qui pleure maintenant. Allusion à 1936, sans doute, aux congés payés et aux avancées sociales qui ont fait naître et entretenu cet "esprit de jouissance" au détriment de l' "esprit de sacrifice". La cigale, comme le peuple français, n'a plus que ses yeux pour pleurer, et elle doit s'en prendre à sa propre légèreté. Autrement dit, ce qui lui arrive est pain béni.
"N'imite pas l'insouciante cigale qui ne pensait qu'à s'amuser jour et nuit et à profiter de la vie sans voir venir les jours sombres et les heures difficiles. L'imprévoyant est à plaindre et à blâmer. Fais ton métier d'écolier afin de contribuer à la renaissance de la Patrie."
On retrouve en filigrane les accents du nouvel hymne de la France d'alors, "Maréchal, nous voilà... Tu as lutté sans cesse pour le salut commun... /Tu nous as redonné l'espérance / La Patrie renaîtra / Maréchal, Maréchal, nous voilà." Ce matin au tableau noir 9 octobre
Les élèves sont invités à réfléchir sur la fable "La cigale et la fourmi" du bon Monsieur de La Fontaine. On met en valeur les qualités de la fourmi laborieuse et économe, sans pour autant dissimuler son égoïsme, et on stigmatise l'imprévoyance de la cigale jouisseuse et légère, qui, les jours mauvais venus, vient pleurer sur son sort auprès de sa voisine. N'oublions pas qu'on est pendant la guerre. La France paie au prix fort sa défaite et son occupation. Et l'école relaie les propos du Maréchal Pétain, notamment ceux qui expliquaient aux Français les raisons de la défaite: "L'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice... On a revendiqué plus qu'on a servi." 'Allocution aux Français, Juin 1940).
Cette tonalité se reflète dans le résumé de morale de ce 9 octobre:
"Ecolier, prends exemple sur la fourmi laborieuse, économe et prévoyante. Elle ne craint pas la saison mauvaise. Par sa prévoyance, ses efforts et son travail, elle a mis sa famille a l'abri de la faim, du froid et du besoin. Mais n'imite pas son égoïsme. Il faut aider ton prochain dans le besoin. Aide ceux qui travaillent au bien de la Patrie pour la reconstruire plus forte, plus belle et plus généreuse."
Le message est clair: TRAVAIL-FAMILLE-PATRIE. 05/05/2008Voyons ce qu'il y a dans le journal de mon pépéA la date du 8 octobre
Attention, les petits djeunes, vous allez en rester sur votre gagne-pain; voici en effet ce qu'on enseignait aux gamins de CM1-CM2:
"La grande règle de la vie, c'est le travail. Quand on est jeune et qu'on se porte bien, on doit travailler. Dans la société des hommes, il n'y a pas de place pour le fainéant."
Ce genre de discours ne passe plus en 2008. Un prof qui oserait dire cela se prendrait une balle perdue dans les fesses!
Le travail... réponse à ZitrionComme disait Alphonse Allais: "L'homme n'est pas fait pour le travail. La meilleure preuve, c'est que ça le fatigue."  |
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